Quel fut le sort des princes d'Orléans, frères de Louis-Philippe,
Montpensier et Beaujolais emprisonnés pendant la terreur à Marseille?
Arrêté le 5 avril 1793 à Nice, Antoine-Philippe, duc de Montpensier, prit la route sous la garde d'un officier de gendarmerie. Reconnu à Aix et forcé de rebrousser chemin, il fut amené à Marseille et enfermé dans un cachot du palais. Transféré, au bout de quinze jours, au fort de Notre Dame de la Garde puis au fort Saint-Jean, il fut traité avec beaucoup de rigueur, puis la surveillance se relâcha un peu, on lui permit d'avoir des livres, des crayons, des fleurs, une table assez bien approvissionnée, on lui laissa son valet de chambre, Amache. Il lisait d'ordinaire toute la journée ; le soir, il jouait au piquet deux ou trois heures, puis il se couchait et restait au lit aussi longtemps que possible.
D'un caractère bouillant et fier, il s'accommodait mal des habitudes
républicaines et supportait avec impatience les vexations puériles
et parfois cruelles auxquelles l'exposait la grossièreté de ses
gardiens. Quoi qu'il ne fut pas sans quelque inquiétude sur le sort qui
l'attendait, il assure que la perspective de la mort ne troubla jamais son sommeil.
Après l'entrée du général Carteaux à Marseille,
il obtint encore quelques adoucissements à sa captivité, celui
entre autres, de passer plusieurs heures par jour dans la compagnie de son père
et de son frère, le comte de Beaujolais qui étaient détenus
dans le même fort, ainsi que la duchesse de Bourbon et le prince de Conti.
Le 23 octobre 1793, il reçut les derniers adieux du duc d'Orléans, emmené à Paris pour y être traduit devant le tribunal révolutionnaire. Privé alors de son frère, il adressa aux autorités administratives de nombreuses pétitions, qui toutes demeurèrent sans effet. Cependant sa condition s'améliora, il obtint un logement plus commode et plus sain, communiqua avec plusieurs prisonniers et, outre un domestique qu'il avait déjà, il prit à ses gages une servante.
Le 6 juin 1795, le fort fut envahi par une bande de royalistes forcenés qui massacrèrent dans d'horribles tortures plus de quatre-vingt prisonniers suspects de jacobinisme. Bien connu de plusieurs d'entre eux, Montpensier n'eut rien à redouter de leur part. Après avoir vu mettre en liberté le prince de Conti et la princesse de Bourbon, il perdit toute espérance de jamais sortir de prison et forma des projets de fuite, pour lesquels il trouva d'assez grandes facilités. Dans la journée du 15 novembre 1795, il venait de franchir le pont-levis du fort lorsqu'il rencontra le commandant ; reconduit dans sa chambre, il saisit une corde qu'il s'était préparée, la noua autour d'une espèce de piton qui tenait à la fenêtre ets e laissa glisser. A peine était-il arrivé à moitié de la hauteur, c'est-à-dire à trente pieds environ, que la corde se rompit ; il tomba sur le sable et se cassa le pied droit. Malgré cette fracture et une violente douleur qu'il éprouvait aux reins, il gagna à la nage la chaîne du port et s'y cramponna en attendant le passage de quelque bateau. Recueilli au bout de deux heures et transporté chez un perruquier nommé Mangin qui avait contribué à son évasion, il fut reconnu, dénoncé au commissaire du gouvernement FRERON et replacé sous les verrous, Beaujolais, qui était déjà libre, revint se constituer prisonnier aussitôt qu'il eut appris l'accident qui lui était arrivé.
Cependant les deux frères en furent quittes à bon marché
: on ne les sépara point, on ne leur infligea aucune aggravation de peine
et personne ne fut inqiété à cause d'eux. La duchesse d'Orléans
avait allégé autant que possible les souffrances de ses fils et,
plusieurs fois, elle avait sollicité leur élargissement. Ayant
appris que le directoire y consentirait enfin, à la condition que son
fils aînée s'éloignât de l'Europe, elle se hâta
de lui écrire dans ce sens ? " Quand sa tendre mère recevra
cette lettre, répondit aussitôt le duc d'Orléans, ses ordres
seront exécutés et je serai parti pour l'Amérique ".
Dès que la certitude fut acquise de son arrivée à Philadelphie,
Montpensier et Beaujolais furent mis en liberté et s'embarquèrent
le 5 Novembre 1795 pour les Etats unis. Après une traversée d'environ
trois mois, ils rejoignirent leur frère aîné. La destinée
des trois princes devint alors commune. Ensemble ils parcoururent les états
de l'intérieur, la Virginie, le Canada ; ensemble ils résidèrent
à Philadelphie, à New-york et à Boston ; puis, avec l'intention
de rejoindre leur mère qui était en Espagne, ils descendirent
au milieu des des glaces, l'Ohio et le Missisipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans
d'où ils firent voile pour la Havane. Forcés par le gouvernement
espagnol de quitter l'île au plus vite, ils se rembarquèrent pour
New-York d'où un bâtiment anglais les conduisit à Falmouth.
Au commencement de 1800, ils arrivèrent à Londres et fixèrent
leur séjour habituel à Twickenham. Le duc de Montpensier y mourut
d'une maladie de poitrine dont il souffrait depuis sa captivité, le 18
mai 1807. On l'enterra à Westminster.
Huit ans après son séjour en Angleterre, les atteintes du même
mal auquel son frère dût sde mourir déterminèrent
le comte de Beaujolais à chercher un climat plus doux. Il allait gagner
la Sicile avec son frère, le duc d'Orléans, quand sas maladie
l'obligea de s'arrêter à Malte. C'est là qu'il mourût
le 30 mai 1808.
Article de Jacques BOURGEAT : " Mille petits faits vrais " Extraits
du courrier des chercheurs et des curieux.