Ses quais en bois sont bien réels ainsi que la gentillesse de ses habitants forts
contents de voir passer autre chose qu'un chalutier. En guise de bienvenue, on
nous offre même le pavillon de la ville ainsi qu'un calendrier.
Avec le vent du Nord la température est franchement tombée. Aussi, c'est bien au
chaud dans notre carré-nid que nous fêtons dignement l'anniversaire de Bernard,
ainsi que notre dernière soirée aux Féroé. Demain nous appareillons pour
l' Islande.
A 9H nous quittons Fuglefjodur juste à temps pour sortir du fjord avant la
renverse de marée. Il fait gris. En mer le vent du N.O. est frisquet, et la houle
pénible. Nous louvoyons* pour nous approcher des falaises qui s'élèvent à 600
mètres au dessus de la mer, avant de mettre le cap plus au Nord. A quelques milles
au large, ARKA! trouve le soleil , alors que les îles sont toujours sous les nuages. La
lumière est forte et le contraste plutôt sympathique! Le vent joue au yoyo. Il
monte, descend, obligeant à des manoeuvres incessantes tout au long de la
journée.
Le lendemain, le compas de route, très fiable jusqu'alors, commence à être dévié
par les perturbations magnétiques. A minuit, le soleil brille toujours et nous nous
régalons d'une choucroute bien chaude. A la fin du repas, les sommets de l'Islande
apparaissent à 55 milles! ( env 100 km ) . Le soleil disparaît, la brume s'installe. Le
radar est en veille. Bien que la visibilité se réduise de plus en plus, au dessus de
nous le ciel reste clair. Assez brusquement , ARKA! sort du banc de brume qui
colle à la mer.
Le changement de décor est spectaculaire:des montagnes enneigées
barrent l'horizon proche. Nous avançons doucement à la voile, le soleil illumine
la scène... non, non, nous ne rêvons pas, tout cela est vrai, même les 3°C sur le
pont! Tous les quatre, nous profitons au maximum de ce moment unique.
En fin de matinée, nous entrons dans le fjord de Seydisfjodur. L'eau calme, la
neige, les sommets, tout concoure à renforcer l'impression de naviguer sur un lac
de montagne....même un chalutier sortant que nous croisons n'altère pas cette
sensation! Des pécheurs nous saluent à grands renforts de gestes amicaux
ponctués de coups de corne de brume. Le fjord est profond. Nous mettons plus
d'une heure pour atteindre le village .
Deux Islandais sur un quai de bois nous font signe. Nous accostons. le quai est
idéalement placé: le site est magnifique. A 20m une cascade anime le paysage. La
neige étincelle sous le soleil, 200m au dessus du mât. De l'autre côté de la route,
des arbres, une épicerie encore ouverte où nous nous ruons avec Bernard pour
acheter quelques litres de Surmjolk (une sorte de fromage blanc) que nous
dégustons sans plus attendre!
Au fond du fjord la différence de température avec la mer est colossale : déjeuner
en tee shirt et pieds nus sur le pont ..... Hum ... que c'est bon!
Le douanier arrive , muni d'un questionnaire de 4 pages sur l'état du stock de
vivres de bouteilles de vins et alcools du bord... D'un commun accord nous optons
pour la solution la plus simple: nous n'avons rien où presque à bord! Il semble très
surpris de voir un bateau français sans bouteilles de vin... En fait on ne ment pas
vraiment. Guy, en vieux renard, au lieu de bouteilles, nous a fait embarquer des
cubis !!
Les formalités expédiées, nous sautons dans nos chaussures pour une longue
ballade dans 1a montagne enneigée. La montée est raide, mais quel plaisir de
marcher ensuite sur la neige, en regardant ARKA! , amarré en bas! Quel dommage
de ne pas avoir emmené les skis! Nous rentrons à bord tard, fatigués, mais
véritablement sur un petit nuage.
Après une nuit réparatrice, nous quittons Seydisfjodur dans la grisaille en
direction du Nord. Le vent tombe bientôt complètement, et nous faisons route au
moteur. Les lumières sont extraordinaires, les reflets magiques. A minuit, nous
nous amarrons au vieux quai bétonné d'Hôfn, dans Bakkafjodur. Quelques
baraques délabrées en tôle ondulée donnent un air de western à ce lieu perdu.
*Louvoyer : tirer des bords pour remonter contre le vent
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