Etape 4 : MAR DEL PLATA - DETROIT DE MAGELLAN-PUNTA ARENAS

Réception n°19 du 6 Décembre 7h30 : jdb du 25 Novembre au 3  Décembre

Jeudi 25 et Dimanche 26 Novembre
L'agitation autour du "Victoria Del Mar I" a cessé. Le chantier a retrouvé sa torpeur habituelle, et nous attendons que les travaux de soudure commencent. En fin de matinée, "El Turco", (c'est ainsi que tout le monde appelle le  contremaître) me dit que cette après-midi, c'est sûr, ils feront "tout". Vers 15H, le poste à souder (venu exprès de Buenos Aires pour l'occasion) approche, porté cérémonieusement par 4 personnes. Il ne reste plus qu'a le hisser sur le pont 4m plus haut, ce qui provoque une longue discussion entre "El turco" et les 3 ouvriers, car ils n'ont aucun moyen de levage ! (le poste pèse 100/120 kgs). Un peu agacés et les sentant près à le hisser le long de la coque sans égards pour la peinture nous prenons les devants. Un tangon gréé sur le mat servira de mat de charge, et permettra de déposer le poste en douceur où il le faut sur le pont. Pour hisser le poste sous le tangon, le plus simple serait d'utiliser un palan à chaîne mais un des ouvriers insiste pour que l'on fasse avec des poulies. Il a l'oeil vif, l'air rusé et de grosses mains. Après tout, puisqu'il y tient, et comme c'est lui qui va tirer !...Sans leur laisser le temps de chercher des poulies, je sors ce qu'il faut, et prépare le palan. Pour l'amarrer solide, j'ai passé sur le tangon un solide anneau en sangle de montagne (résistance 2 200kgs). Cela ne semble pas du tout convenir au"rusé", qui s'empresse de la remplacer par un anneau de cordelette noire de graisse qui semble bien fatiguée. Devant mes doutes, ils  m'opposent un vibrant "Industria Argentina", et ne veut pas en démordre. D'accord, mais pas question pour moi d'aller en dessous tirer avec eux ! Le "Rusé" en tête, 3 personnes s'emparent du bout du palan, et tirent vigoureusement. Boum ! le palan tombe avec fracas, la cordelette de la fameuse Industria Argentina ayant cassé sans même que le poste soit soulevé ! Le patron du chantier qui a vu la scène, se décide enfin à leur dire d'utiliser un palan à chaîne. Le "Rusé "qui refuse encore l'anneau en sangle, pour l'amarrer, fait 3 tours sur le tangon avec un gros cordage de sa chère patrie. Cela devrait aller ! Peu après, le poste à souder atterrit sur le pont. Le soudeur arrive, avec le "Rusé". J'avais dit au patron du chantier que je savais à peu près souder l'aluminium, et il a dû répercuter  l'information.Cela ne semble pas leur plaire du tout, car ils sont franchement hostiles et demandent de façon peu aimable si cela me convient, dès qu'ils ont meulé ou soudé quelque chose. Pour eux, il semble évident que je n'y connais rien, et ils n'apprécient pas du tout que je surveille leur travail... Le soudeur ne fait aucun effort, j'en ai rapidement assez. Voyant qu'il va à nouveau faire un cordon en étant mal placé, et le rater à coup sûr, je le stoppe. Sans lui laisser le choix, je prends son masque, la torche et fais le cordon. Il n'est pas terrible, mais aussi bien que ce qu'il a fait de mieux jusqu'à présent. Sans rien dire, il continue sur son côté, à sa main. Peu après, étant mieux placé, je lui reprends la torche. Par chance ce cordon est superbe, et fait aussi tôt l'admiration du "Rusé" qui pointe sans retenue son gros pouce en l'air et approuve bruyamment. Le soudeur semble étonné. Leur changement d'attitude est radical. Le soudeur fait enfin un effort, et nous devenons "copains". Comme avec un collègue, il me demande mon avis sur le réglage du poste pour telle ou telle soudure, et son air grognon a disparu au profit d'un franc sourire. Ouf... c'est gagné ! Peu après, nous sommes obligés d'arrêter, "El Turco" n'ayant pas approvisionné les profilés d'aluminium nécessaires aux renforts à poser... cette fois-ci nous sommes 3 à râler et mes 2 collègues argentins aux quels Josette à montré quelques photos de la construction d'ARKA ! ne sont pas les derniers ! "El Turco" promet alors de s'en occuper dès demain matin, afin que nous puissions terminer dans la matinée.(ici, on travaille le samedi matin, et tous les magasins sont ouverts).

Samedi 27/11.
L'activité autour du "Victoria Del Mar I" a repris dès 8H, afin de préparer la manoeuvre de mise à l'eau, cette fois-ci, pas d'inspecteur, et la puissance du Vengador peut s'exprimer. L'amarre se tend, se tend encore. D'un coup les 250 tonnes du Victoria Del Mar I s'ébranlent et glissent vers l'eau noire. Le bateau flotte en tanguant, l'amarre se détend. Le Vengador ne ralenti pas, et le gros cordage (peut-être 15 cm de diamètre) mis en tension trop brusquement cède en claquant bruyamment. Les pêcheurs réagissent vite, et souquent précipitamment sur les amarres avant et arrière préparées à l'avance, afin de haler à la main le bateau sur le quai. Les "pirates" sont costauds, et tout se termine bien. Dans la matinée nous finissons de souder les renforts. El Turco a tenu sa promesse et le Rusé me confie même la clef de son placard à outils. Pour fêter la mise à l'eau du bateau et la fin du chantier, le capitaine et armateur offre unasado pour le repas de midi. Nous sommes invités, et plusieurs ouvriers et marins viendront s'assurer que nous l'avons bien été ! L'asado se prépare plusieurs heures à l'avance car la cuisson doit être lente. Le petit porc, badigeonné d'aromates et herbes variées , bien ouvert et écartelé sur un support en tubes, incliné à 30° de la verticale cuit très lentement devant le feu de bois. La cuisson a commencé vers 8H pour le repas de midi. Quelqu'un surveille le feu en permanence afin de maintenir constant le niveau de braises. Dans l'atelier voisin , au milieu des tours, fraiseuses et autres outils, sur un établi de mécanicien noir de graisse, et étalés sur un morceau de carton, de longues bandes de travers de porc et des saucisses excitent les mouches en attendant de passer sur le grill. Le moment du repas arrive. Les établis, ou certaines machines servent de table et sont recouverts de carton faisant office de nappe. Tout le monde est présent, mais on ne se mélange pas. Le capitaine du Victoria Del Mar à une "table" avec tout son équipage, le patron du chantier et ses hommes autour de la grosse  fraiseuse, et nous autour d'un fut métallique de 200L d'huile ELF(désolé, Bernard ! (*)) recouvert d'un carton découpé en rond au diamètre convenable. Tout le monde mange debout, chacun apporte son verre, son couteau. Des morceaux de contre-plaqué rectangulaires servent d'assiette. Certains amènent leur propre "plancha" ronde, et en bois massif, tailladée et usée par les coups de couteaux. La viande est délicieuse. Une grosse salade de laitue et tomates l'accompagnent avec du pain. Le tout est généreusement arrosé de vin rouge ou blanc en bonbonnes, ou de boissons sucrées diverses. Chacun va se servir à sa convenance. Nous sommes près de la porte, et nombreux sont ceux qui en allant chercher un autre morceau sur le feu dehors, veillent gentiment à ce qu'il ne nous manque rien. Le Rat a sorti de ses réserves un demi-fromage de brebis des Pyrénées qui fait le tour des convives et semble plaire à beaucoup. Avant de partir, El Turco nous présente le tourneur qui devait venir depuis 2 jours faire une pièce pour ARKA !. Il va s'en occuper cette après-midi. Pour digérer, nous partons faire une longue promenade à pied sur le port de pêche où l'activité est importante. En rentrant, le tourneur nous annonce qu'il n'a pas pu faire la pièce pour une raison incompréhensible, et qu'il ne sait pas quand il pourra la faire, peut-être lundi, mardi, ou mercredi... En fait, il s'est employé à assécher les bonbonnes de vin restant de l'asado, et il est dans un état peu propice à une quelconque activité... A ce sujet, nous avons remarqué autour du port que le nombre de bistrots au mètre linéaire de rue surpassait et de loin le score des  meilleurs ports bretons !...
(*) NB. Depuis son départ, Elf a été repris par Total, il n'a donc pas à s'excuser auprès de Bernard...

Dimanche 28/11. 
Après un gros nettoyage du "chantier intérieur", nous commençons à remonter les aménagements et faisons du courrier avant d'aller marcher un peu.

Lundi 29/11. 
El Turco termine son maté quand je viens le voir. Il prend les devants, et me dit qu'il va tout de suite faire faire la pièce à tourner par un atelier extérieur ! Pour information, le maté, boisson emblématique de l'Amérique du Sud, est une sorte de tisane d'herbe sentant le foin, au goût très amer qui se boit chaude à l'aide d'une sorte de paille dans un petit pot. On lui prête toutes sortes de vertus médicinales et certains en consomment toute la journée allant même jusqu'à se déplacer avec leur pot à la main et la thermos d'eau chaude sous le bras. Peu après le menuisier arrive, et hormis le remontage de l'isolation, passe la journée à nous regarder travailler. Nos méthodes ont l'air de lui plaire, c'est déjà ça !... Le soir, nous pouvons réintégrer notre cabine.

Mardi 30/11. 
Nous calons la dérive et attendons en vain la pièce tournée pour remonter l'arbre d'hélice. Le mécanicien ramène la pompe à injection de l'atelier, mais ne revient pas comme il l'avait assuré à 14H pour terminer le travail. Conduit par El Turco, je vais à l'atelier voir le patron. Sûr, ils viendront" mañana "et me donne le montant à régler à ses gars "mañana".

Mercredi 01/12. 
En insistant beaucoup, la pièce tournée arrive, et je peux remonter l'arbre d'hélice. Dans l'après-midi les mécaniciens viennent, mais ne finissent pas tout le travail, nous promettant qu'ils reviendront à la mise à l'eau du bateau pour terminer. Eux semblent fiables, leur patron moins (un voilier de passage peut attendre n'est-ce pas ?). Aussi nous ne payons pas, ce qui le motivera pour envoyer ses gars quand il le faudra. Petite remarque en passant, chaque fois que nous devons aller quelque part à pied - même à 300,400m- quelqu'un nous propose de nous déposer en voiture. Doit-on en conclure que le Gaucho n'aime pas marcher à pied ? 

Jeudi 02/12. 
Palabres avec le chantier pour obtenir qu'il remette ARKA ! à l'eau demain au plus tard. Ce devrait être aujourd'hui, mais le patron pensait nous faire attendre jusqu'à lundi, sans que rien ne justifie ce retard, l'activité étant faible depuisla fin du chantier du Victoria Del Mar . Nous refusons de payer les jours supplémentaires. Bref nous finissons par nous mettre d'accord et ARKA ! devrait retrouver son élément demain après-midi.

Vendredi 03/12. 
Dès le matin, le plongeur prépare l'ancrage des cordages qui vont servir à tirer ARKA ! et sa "luge" à l'eau. Vers 15H les mécaniciens arrivent, et seul l'un d'eux accepte d'embarquer ! L'opération de mise à l'eau se passe sans difficulté, et c'est avec plaisir que nous faisons un tour au moteur dans la rade, pour que le mécanicien puisse terminer les réglages. Une fois amarrés au ponton du YCA,nous nous attelons au nettoyage du pont, couvert de cambouis et de sable de la poupe à la proue. A la nuit ARKA ! retrouve un aspect plus agréable, et hormis les finitions de menuiserie que nous ferons au retour en France et quelques rayures sur le pont et la coque, tout va bien ! Il ne reste plus qu'a attendre que les problèmes de virement bancaire pour régler le chantier soient résolus pour repartir.

Réception n°20 du 15 Décembre 17h30 : jdb du 5 Décembre au 11  Décembre

Samedi 4 - Dimanche 5 - Lundi 6/12/99
En plus du bateau suisse Atmos arrivé vendredi après-midi, 2 autres voiliers viennent s'amarrer au ponton du YCA dans la matinée. Un couple d'allemand en retraite sur Finte, et un solitaire canadien à bord d'un voilier d'une dizaine de mètres. A l'approche de l'été austral, les voiliers allant vers le Sud commencent à arriver, Mar Del Plata étant le dernier port important où l'on peut facilement s'approvisionner, réparer si nécessaire ou faire une rotation d'équipage. Les pontons du YCA et du YCMD accueillent ainsi chaque année une trentaine de bateaux, dont la plupart font route vers la Patagonie et les canaux de terre de Feu. Parmi eux, on remarque une large majorité sous pavillon français. Le mauvais temps s'installe, etl'équipage anglais de Marelle, parti vers le Sud vendredi matin revient au port dimanche de bonne heure. Nous continuons à bricoler et faire du courrier. Lundi après-midi nous tentons d'en finir avec les derniers" papiers" du chantier. Même pour cela "mañana" est de rigueur !...Le super marché Tolédo livrant à bord, nous en profitons pour refaire l'approvisionnement en produits frais et en cidre local. A bord d'ARKA ! nous passons une très agréable soirée en compagnie des Allemands de Finte.

Mardi 7/12/99.
Le temps s'améliore, et demain matin, nous devrions pouvoir repartir. Ayant eu plusieurs informations très négatives sur la péninsule Valdès (exploitation touristique acharnée), nous allons descendre  directement plus au Sud vers des mouillages sauvages... et les premiers manchots ! Nous allons dire au revoir à Oscar, qui tient le café près du pont tournant qui ferme l'entrée du port de plaisance. Ayant vécu plusieurs années en France il parle bien notre langue, et a beaucoup navigué en course de haut niveau ( Admiral cup ). Très serviable, il nous a bien aidé dans les  négociations avec le chantier, et a gentiment hébergé le contenu de notre congélateur pendant les travaux. Encore un avec qui nous garderons le contact !... Vers 15H nous allons à la Préfectura faire les formalités de sortie du territoire. Cette fois-ci c'est mieux: il ne faut qu'une 1/2H pour apprendre qu'il faudrait revenir vers 21H. Massif, le cou plus large que la tête, l'agent de service ressemble à un bulldog. Après négociations, nous tombons d'accord pour 19H !... c'est mieux ! En sortant, nous allons au chantier juste en face, pour récupérer la dernière pièce qui devait être livrée depuis 6 jours. Cela ne prendra que 2H ! Enfin, nous terminons par la poste principale afin de déposer une réclamation pour un envoi en recommandé fait le 15 novembre et qui n'est toujours pas arrivé. La postière à laquelle nous  nous adressons ne met pas beaucoup de bonne volonté. Heureusement au bout de 3/4H, un jeune employé sympathique que nous avions déjà rencontré au bureau de poste annexe du port est de passage, et intervient en notre faveur. Après son départ, il ne faudra encore qu'une petite 1/2H à la postière acariâtre avec un gros bouton à gauche du nez, pour nous signifier que notre demande ne pouvait être prise en compte car le "chef" n'était pas là pour signer le   formulaire... "Revenez dans 1H" Avouons-le, nous avons capitulé !!! (cet envoi de photos en recommandé est finalement parvenu à son destinataire après 1 mois de voyage postal). 19H30. Le bulldog regarde sa montre et nous fait lourdement remarquer que nous sommes en retard...et certainement pour nous punir, se détourne des papiers. Un quart d'heure plus tard, un de ses collègue commence à les compiler (il n'y à que 5 feuilles) et nous conduit voir l'officier du centre du trafic maritime. Jeune et d'un contact agréable, il nous demande notre  destination et nous invite par sécurité à signaler notre position à leurs services le plus souvent possible, éventuellement par relais radio avec les gros chalutiers. En sortant nous tombons sur le fonctionnaire rencontré à notre arrivée dans le bureau de l'immigration. Souvenez-vous, c'était celui en jean, gros pull-over et téléphone portable à la ceinture. Cette fois-ci il arbore son grand uniforme, casquette, et pistolet à la ceinture.  Spontanément, avec un grand sourire aux lèvres, il se précipite sur Josette pour lui faire la bise, puis me serre chaleureusement la main. Le bulldog fait une drôle de tête!.. Martin Omar Cruz, puisque c'est son nom, nous emmène tamponner les papiers et les passeports dans son bureau. Malicieusement ; il nous annonce que cette fois-ci, il n'y a pas besoin de photocopie !... Quelques tac-tac-tac de Rémington plus tard tout est terminé. OUF ! Nous rentrons juste à temps pour retrouver sur le ponton José Luis Bustamente, membre éminent du YCA depuis  l'âge de 14ans, et véritable mémoire vivante de son histoire. Retraité cultivé, il parle un français parfait (appris avec sa gouvernante) qu'il manie avec beaucoup d'intelligence et d'humour. Durant les travaux, il est régulièrement venu voir où nous en étions, se proposant toujours pour nous emmener chercher ce qui nous manquait. Les longues discussions en sa  compagnie dans le carré d'ARKA ! ont été les meilleurs moments de cette escale. "Ce soir , dit-il avec un sourire narquois, ma femme assiste à une réunion de sorcières"... Nous en profitons pour l'inviter à dîner au restaurant du YCA. En chemin nous rencontrons l'équipage d'Atmos. Parmi eux, une brésilienne qui semble un peu perdue au milieu des conversations en  français. José Luis discute un peu avec elle, et nous dira plus tard : "j'ai pratiqué une nouvelle langue, le portugnol !..."Attablés devant une pièce de lomo grillé (filet de boeuf) arrosé d'une bouteille de Rincon Famoso et complété par une bouteille de champagne argentin offert par José Luis au dessert, nous passons très agréablement cette dernière soirée à Mar Del Plata.

Mercredi 8/12/99 A 12H : 38°17 S - 57°38' W vent E 10/12 nds
Ben, Fraser et Benjamin, les Anglais de Marelle sont venus nous souhaiter bon vent, ainsi que le couple allemand de Finte (désolé, impossible de se souvenir de leurs noms)... Les au revoir et les voeux réciproques de bonne traversée nous semblent beaucoup plus forts que dans les escales précédentes, chacun sentant ici qu'avec l'entrée dans les 40èmes, les choses sérieuses commencent. Départ au moteur par vent nul, salué par la corne de brume de Finte. En mer la brise est faible, et sous génois et grand-voile haute ARKA !   s'éloigne lentement vers le Sud. Dans l'après-midi le vent monte et varie du S/E au N/E, où il s'établi et force à la nuit.

Jeudi 9/12/99 A 12H : 40°29'7 S - 59°53'3 W vent N/E 14/17 nds
La nuit a été fraîche, et nous avons sorti les sous vêtements chauds et les polaires. A part quelques manoeuvres, rien de particulier. L'escale ayant été longue, nous avons un peu de mal à nous réadapter au rythme des quarts. Au soir, le ciel dégagé nous gratifie d'une magnifique voûte étoilée.

Vendredi 10/12/99 A 12H : 42°14'5 S - 62°04'7 W vent SW 12/14 nds
A minuit, le vent venait du NE. A 01H30, vent du N. A 3H, vent du NW jusqu'à 10H30. Puis W , et W/SW à midi. SW au moment de la sieste, puis SE à l'heure du thé. Le dîner voit une nouvelle rotation à l'E puis à minuit les choses rentrent dans l'ordre, le vent revenant au NE ! Le tout ponctué de quelques grains, qui nous obligent à manoeuvrer fréquemment. Bref, on ne s'ennuie pas !

Samedi 11/12/99 A 12H : 43°50'8 S - 64°14'W vent N 14/16 nds.
Après une incursion dans le NW, le vent revient au NE. Probablement pour nous permettre de parfaire notre technique d'empannage ! A 23H, nous mouillons dans la rade de Puerto Santa Elena située par 44°32'S- 65°20'W . Arrivée au radar, le vent tombe tout à fait lorsque nous entrons dans la rade. Une fois l'ancre mouillée et le moteur stoppé, le calme parfait qui règne sur le plan d'eau nous surprend. Le silence est total, presque oppressant. Peu après, alors que nous sommes encore sur le pont à goûter la nuit, 2 dauphins viennent tourner à plusieurs reprises autour d'ARKA ! immobile sous la clarté des étoiles et d'un mince croissant de lune. GRANDIOSE... Au réveil, le paysage que la nuit nous laissait imaginer tient ses promesses.  La rade est vaste, calme, entourée de collines basses aux formes douces. Les teintes pastel hésitent entre le vert amande très pale et l'ocre clair, là où la végétation rase et clairsemée laisse la terre à nue. Au bord de l'eau le bêlement d'un troupeau de moutons rythme de façon incongrue le jeu des  dauphins autour du bateau !... En fin de matinée nous levons l'ancre pour rejoindre la cala Sara, mouillage qui nous a été fortement recommandé. Les 22 milles de traversée, vent de travers sous un chaud soleil et mer plate sont un vrai régal. L'entrée de la cala signalée par un mirador est étroite.  Longue d'une centaine de mètres, elle bifurque ensuite à 90° sur lagauche et se poursuit parallèlement à la mer sur environ 100m. Sur la droite, une petite plage, et plus haut, quelques cabanes en tôle ondulée et béton, un petit château d'eau. Nous engageons doucement ARKA ! vers le fond de la cala, sur l'eau qui hésite entre le turquoise et le vert. Rapidement les fonds remontent. Le sondeur affiche 1m20. Dérive haute, nous calons 1m10... marche arrière toute, nous faisons demi-tour, et mouillons devant la petite plage face à l'entrée. L'ancre semble bien crochée, malgré la faible longueur de chaîne que nous autorise l'étroitesse des lieux. C'est dimanche, et au bord de la plage, des enfants se baignent. Juste à côté, les pieds dans l'eau, des pêcheurs vident et lavent du poisson. De l'autre côté, près du fond de la cala, 2 guanacos broutent paisiblement au bord de l'eau. L'annexe est presque  gonflée lorsque le vent se lève pile dans l'axe de l'entrée, et fort. La situation nous paraissant scabreuse, nous décidons de quitter les lieux, et de rejoindre rapidement l'île Leones à une quinzaine de milles au Sud, de l'autre côté du cap sur lequel se trouve la cala Sara. Au portant, la traversée est rapide malgré le détour par le Sud de l'île pour éviter le fort courantcontraire du canal Leones entre l'île et la terre. Nous longeons les rivages sous la lumière chaude et dorée qui précède le couchant. Les bords de mer sont bien peuplés, mais à la différence de la cala Sara, ici les baigneurs sont des lions de mer. Peu après, escortés par des dauphins, nous entrons dans la baie des Français, et mouillons devant la grève couverte de manchots en grande tenue... A terre les commentaires de la population animale semblent aller bon train, et l'odeur qui nous parvient, assez éloignée de celle de l'ambre solaire de nos plages. Les dauphins tournent toujours autour d'ARKA ! qui tire sur son ancre face au soleil couchant, et nous ne rêvons pas... Le crépuscule s'étire tant qu'il peut, si bien qu'à 23H nous sommes toujours sur le pont à nous régaler du spectacle sans pouvoir nous en détacher.

Réception n°21 du 16 Décembre 7h30 : jdb du 12 au 13  Décembre

Lundi 13/12 au mouillage, île Leones.
Dans la nuit calme, les grognements fauves des lions de mer, entrecoupés parfois des cris aigus des autres "zabitants" nous tiennent longtemps éveillés. Peu après l'aube le vent se lève et tourne, nous obligeant à relever l'ancre et mouiller un peu plus au Nord, dans le canal soumis au courant entre l'île Buque et l'île Leones. Comme les manchots qui dorment la tête sous l'aile debout au bord de l'eau, ne semblent pas pressés de se réveiller, nous redormons 2H de plus pour "complémenter" cette courte nuit . Puis, installés dans le cockpit sous un beau soleil, sans rien perdre de l'agitation qui nous entoure, nous avons mis à jour le journal de bord. Gentil, non ? Nos écrits, envoyés à Michel par satellite, nous gonflons l'annexe et nous dirigeons sur une grève étroite choisie un peu à l'écart de la colonie de manchots afin de ne pas les effrayer. Nous accostons. Les quelques manchots qui occupent le terrain, après nous avoir regardé un instant, filent à toutes pattes vers les buissons alentours en poussant de grands cris. Nous ne nous savions pas si redoutables ! Une fois l'annexe hissée, tout en haut de la grève, nous troquons nos bottes pour des  chaussures plus adaptées à la marche, et décidons de commencer par aller voir le phare désaffecté qui paraissait superbe vu de la mer en arrivant. .Sur le 1er tiers de la colline, chaque buisson semble"habité" : les manchots y  nichent. Ici, c'est le printemps, et beaucoup de jeunes, petites boules de duvet gris, sont avec leur mère dans le nid. La végétation est rase: des buissons bas, clairsemés parmi des herbes fines et piquantes au milieu de roches brunes. Ca et là, de gros cactus ronds aux belles fleurs blanches dressent leurs piquants agressifs. Rapidement nous nous élevons et le paysage marin s'offre à nous. Au milieu de celui-ci, la vue d'ARKA ! qui évite tranquillement sur son ancre nous réjouit: que c'est bon d'être là !... derrière nous, sur la colline voisine, le phare attend. En approchant, les traces de ce qui a été ici la vie apparaissent. Ca et là,  des ossements de bêtes à cornes, et les traces d'anciens enclos. Sous les herbes, serpentent encore les rails rouillés d'une ancienne voie ferrée descendant vers la mer . Le 1er bâtiment n'est pas très ancien, et bien bétonné. Les portes ouvertes à tous vents nous laisse deviner qu'il s'agissait probablement d'un atelier. Un peu plus loin, une petite construction en pierres, dont le mur de façade est encore partiellement peint de couleur crème. Sur la porte en bois branlante, on peut encore lire "Inflammable". Juste à côté, face à l'Ouest et au soleil, un banc couvert de carreaux de céramique s'adosse au mur. Un peu plus haut, se dresse le  bâtiment qui porte la tourelle du phare. C'est une construction polygonale à 11 côtés, aux toits en tôle d'acier rouillé en pente, conçus pour recueillir l'eau de pluie. Sur chaque pan, s'ouvrent de nombreuses fenêtres. Au-dessus se dresse la coupole du phare, en acier riveté, peint en noir, et aux vitres brisées. Nous entrons. Une sorte de chemin de ronde fait le tour du bâtiment. Sur la droite, côté Sud, il mène à 2 ateliers. Sur les murs peints en bleu de l'un d'eux, courent plusieurs rangées parallèles de gros câbles de cuivre vert-de-gris, accrochés sur des boules de céramique blanche. Sur la gauche, cette sorte de couloir fait simplement le tour du bâtiment par le Nord. En face, une porte ouverte sur ce qui devait être la cuisine. Une vieille cuisinière à bois ou à charbon bien campée sur ses pieds en fonte, rouille tranquillement tous fours ouverts. Sur le mur opposé un plan de travail en marbre clair , couvert d'une épaisse poussière. Un placard en bois branlant aux portes ouvertes contenant quelques bouteilles en verre vide. Cette pièce, comme toutes les autres, est de forme triangulaire. Le plafond est en pente, suivant le toit, le sol en carrelage aux couleurs passées. A l'opposée de l'entrée, une porte donne accès à la grande pièce centrale sur laquelle s'ouvrent les autres. Dans chacune, quelques restes de mobiliers permet une identification supposée: chambres, sanitaires, bureau, vestiaires, salle à manger, et peut être une infirmerie. En face de la cuisine, un autre couloir, mène au "chemin de ronde" et à une 2ème porte donnant sur l'extérieur. De grosses bouteilles de gaz rouillées sont alignées le long d'un de ces murs sombres. Au coeur de la pièce centrale, un gros cylindre en acier(diamètre env 1m40) couleur blanc crème s'élève. Une petite porte permet d'y pénétrer.  A l'intérieur, un escalier métallique en colimaçon, monte vers la raison d'être de tout ce bâtiment: la coupole du phare. Un 1er niveau, au-dessus du toit, permet de voir sur l'horizon par de petites ouvertures. De là, un 2ème escalier encore plus étroit permet d'accéder à l'endroit où était installée la lumière et le système optique dont il ne reste que le pied central. Les  flancs de la coupole recouverts de petites lattes de bois, sur environ 1m au-dessus du plancher, donnent l'impression d'être dans un pressoir à cidre - à moins qu'il ne s'agisse d'un nid de pie ? Une porte de même hauteur permet de sortir sur un petit balcon qui fait le tour de la coupole. Les vitres en verre sont brisées, et le vent pénètre à flot...Nous quittons l'endroit sous les cris des oiseaux qui ont pris possession des lieux. Direction la grande colonie de manchots. Les manchots qui occupent l'île sont de la "variété" dite manchot de Magellan, baptisés ainsi en l'honneur du  grandhomme par Antonio Pigafetta, l'historiographe du voyage de Magellan autour du monde. Petit, râblé et court sur pattes -comme le grand homme ? - Le manchot de Magellan est amusant. Il mesure environ 70cm pour un poidsde 3 à 5kgs et, niche dans un terrier qu'il creuse sous les buissons. Plus nous approchons de la mer, plus les nids sont nombreux. Rapidement nous marchons au milieu des cris et vociférations des parents près de leurs progénitures. si certains s'enfuient ventre à terre à grands coups de pattes et nageoires en zigzagant dans un nuage de poussière, d'autres restent protéger leurs petits, et tentant de nous intimider nous regardant en penchant la tête d'un  côté puis de l'autre en tendant le cou, et parfois nous lancent des coups de bec.Même en marchant sur la pointe des pieds, difficile de passer inaperçu parmi eux !... Arrivés sur la grève, nous marchons à quatre pattes et parvenons ainsi à les approcher sans les effrayer. Ils sont drôles ! Plus loin ,les lions de mer dorment paisiblement au soleil. Seuls les jeunes semblent s'agiter. Eux, sont difficile à approcher. Assis sur des rochers un peu à l'écart de la colonie,  nous observons le manège des huîtriers pie qui défendent leur territoire et leurs petits. Cet oiseau (emblème des îles Féroé) est particulier: plumage noir, pattes et surtout très, très long bec orange fluo. On aurait pu l'appeler Pinocchio. Sur de lui, il arpente son domaine à grandes enjambées, se balançant d'avant en arrière en bombant le torse et en criant très fort. Rustique, il n'a pas vraiment de nid, les oeufs étant posés directement dans un creux de rocher au  bord de l'eau. Plus loin, 2 canards vapeur s'agitent sur l'eau, leur bec orange leur donnant un air de clown. De nombreuses sternes nous survolent en lançant leurs cris aigus. A la nuit nous regagnons  ARKA ! heureux comme 2 gamins qui ont fait l'école buissonnière.

Réception n°22 du 17 Décembre 7h30 : jdb du 14  Décembre

Départ pour la cala Horno, distante de 3 milles et qui nous a été recommandée comme étant l'un des plus beaux mouillages de la côte argentine. Plus large, et nettement plus longue que la cala Sara, la cala Horno est enchâssée entre de petites falaises de 20 à 30m de roches rougeâtres. Nous mouillons et allons passer une longue amarre à terre pour limiter l'évitage. Avec l'annexe, nous visitons le fond de la cala. Quelques ravines descendant entre les falaises se terminent par de petites grèves qui permettent de débarquer et remonter l'annexe hors de portée de la marée. Au fond de l'une d'elle, un guanaco marche d'un pas nonchalant. Peu après nous en apercevons un 2ème  perché juste au-dessus. Avec sa robe brune, il se confondait avec le rocher. Impossible de les approcher davantage : Il n'y a plus que 20cm d'eau sur le fond de vase. De retour sur ARKA !, nous trouvons qu'il a culé près des rochers, et relevons aussitôt l'ancre pour remouiller. Au 1er essai rien ne croche. Le 2ème essai semble le bon. Dans 3m  d'eau, nous filons 40m de chaîne de 12mm derrière l'ancre Delta de 20kgs. Pendant que je hâle sur l'amarre arrière, le vent se lève un peu. D'un coup nous dérapons franchement. ARKA ! vient travers au vent, et file vers les rochers. L'amarre arrière a pris du mou et passe sous la coque... A l'avant, au guindeau, Josette remonte la chaîne. A l'arrière,  je ne parviens pas à dégager l'amarre coincée sous la coque. Les rochers sont près, plus le choix, j'embraye le moteur en espérant très fort que le coupe-orin fasse son travail... Presque instantanément l'aussière se libère et la poussée de l'hélice nous éloigne des cailloux... et des bosses ! Nous remontons une énorme masse d'herbe avec l'ancre, qui avait peu de chance de crocher dans ces conditions. Cela nous suffit et sans hésiter, nous retournons au mouillage de l'île Leones où nous laisserons passer le coup de vent qui arrive, avant d'appareiller jeudi pour le détroit de Magellan.

Réception n°23 du 28 Décembre 9h30 : jdb du 15 au 23  Décembre

Jeudi 16/12/99 A 12H, ARKA ! est toujours mouillé devant l'île Leones.
Nous hésitons à partir, il y a du soleil, et le temps est parfait pour marcher, et aller voir la colonie de lions de mer de l'autre côté de l'île... Finalement le calendrier l'emporte, et nous levons l'ancre vers 14H par calme plat. Peu après, le vent d'W prévu par notre ange gardien météo gonfle les voiles de ses 25nds, et vent de travers, ARKA ! file vers le cap Blanco. En mer, il fait franchement froid et le contact avec la terre est "saisissant" dans tous les sens du terme ! A l'inverse, lorsque l'on rentre dans une baie en venant du large, le froid laisse la place à la chaleur, qui progressivement oblige à quitter le ciré, et semble quasi tropicale au mouillage... où un tee-shirt est largement suffisant !

Vendredi 17/12/99 A 12H: 47°07 S - 64°55' W vent SE 10/14 nds
Samedi 18/12/99 A 12H: 49°15' S - 65°43' W vent NW 14/16 nds
Outre la fraîcheur, un autre changement se manifeste dans le paysage: dès 3H3O, les lueurs de l'aube colorent le ciel dans le Sud. Matinal, non ? Durant ces 2 jours le vent est instable, allant de 8 à 25 nds, et passant du NW au NE par le Sud, pour revenir... au NW avant de décider que le SW est plus convenable! En clair, pas mal de manoeuvres !...

Dimanche 19/12/99 A 12H45 : 51°01' S - 66°13' W vent SW 25nds.
1H du matin: nous entrons dans les 50èmes !... Au près, contre un vent de SW oscillant de 22 à 28nds. Tonique, mais bien à l'abri dans notre cabane, tout va bien. Peu après, avec les 1ères lueurs de l'aube, Eole et son copain Neptune ont dû nous voir. Tels de bons géants, ils nous saluent d'une grande claque sur l'épaule. Le vent monte à 38/40nds, et rapidement la mer devient grosse. Poliment nous réduisons fortement la toile. Pourvu qu'ils ne se fachent pas... la météo n'est pas vraiment optimiste, et annonce des vents beaucoup plus forts. Par chance celà en reste là, et à midi le vent retombe à 25nds.En 24H ARKA ! a couvert 142 milles, ce qui nous satisfait pleinement compte tenu des conditions rencontrées. En fin d'après-midi, alors que la mer est très forte, le téléphone sonne: De Hong-Kong, au milieu de sa nuit, l'ami Jean-François nous appelle pour confirmer notre rendez-vous à Punta Arenas. Chic alors ! Nous le sentons trépigner d'impatience, et pendant quelques minutes nous discutons joyeusement. Ce téléphone satellite, c'est vraiment "magique" !

Lundi 20/12/99 A 12H : 52°20' S - 67°53' W vent SW 18/20 nds
Après une brève rotation au NW au début de la nuit, le vent est retourné au SW (son secteur favori dans cette région) en se renforçant... Nous passons une 2ème nuit au près avec 35 nds de vent réel. La mer est grosse et ARKA ! passe sans trop taper, ce qui rend malgré tout les conditions moins désagréables sur le plan des mouvements. A midi le vent fait la pause, depuis les îles Léones, c'est comme cela chaque jour ! avant de remonter à 35/38 nds. A 18H nous mouillons à l'entrée du détroit de Magellan dans l'Est de la pointe Dunguenes. Josette est à la barre, je suis à l'avant. La manoeuvre est "chaude":le guindeau lâche en plein travail, et les 60 m de chaîne de 12 mm se dévident d'un coup, sans pouvoir être freinés. Tout va très vite. Heureusement la ligature qui amarre la chaîne au bateau tient bon... arrêt brutal. C'est sur, l'ancre est bien crochée ! Un peu plus loin, 2 bateaux qui ressemblent à des remorqueurs sont aussi à l'ancre. Nous appelons en vain par radio la station argentine du cap des Vierges tout proche pour signaler notre arrivée. Aucune réponse. Nous appelons alors la station chilienne de Dunguenes qui répond immédiatement, et nous souhaite la bienvenue. Gentiment on nous confirme qu'une dégradation du temps est à prévoir pour les jours à venir. L'opérateur nous conseille de remonter le détroit de préférence la nuit car le vent y est moins fort que dans la journée. Cela ne fait pas vraiment notre affaire. Nous sommes fatigués, et louvoyer à 2 la nuit au milieu des plates-formes pétrolières ne nous réjouis guère... Demain matin à 6H le courant de marée sera favorable pour entrer dans le détroit, et nous décidons de dormir en attendant. Le sommeil est de courte durée, le mouillage devenant "assez" agité avec une légère rotation du vent au Sud qui souffle à plus de 40 nds une bonne partie de la nuit.

Mardi 21/12 A 12H :
amarré à la poupe du Cavendish Sea au mouillage de Dunguenes Un peu avant 6H, nous relevons l'ancre. Le guindeau fonctionne à peu près, et par chance remonte toute la chaîne sans "crise". Passé la pointe Dunguenes, le vent qui avait molli à 25 nds reprend de plus belle. Après discussion avec l'opérateur de Dunguenes, nous décidons de revenir au mouillage attendre que les conditions s'améliorent (certainement demain soir selon lui). Plein de sollicitude à notre égard, il nous propose un mouillage dans les eaux chilienne.(le mouillage à l'E de la pointe Dunguenes étant sur le territoire argentin). Avec diplomatie nous déclinons sa proposition, en lui expliquant que pour un petit bateau comme ARKA ! , avec les conditions actuelles,  mouiller dans l'w de la pointe, exposé de plein fouet au vent et au fort clapot est dangereux... et qu'à notre grand regret nous attendrons dans les eaux étrangères, ce que notre interlocuteur approuve finalement. Echaudés par les faiblesses subites du guindeau, nous nous dirigeons vers l'un des gros bateaux qui sont au mouillage. Pouvoir s'amarrer à sa poupe serait nettement plus confortable... Nous approchons du Cavendish Sea, une amarre à la main. Derrière les larges vitres du poste de commande, des hommes nous regardent. Aussitôt ils nous font signe de venir sur l'arrière. Ouverte sur la mer, sans rambarde, la poupe du Cavendish est basse. A la barre Josette approche lentement, face au vent. Un matelot sorti sur le pont accourt,saisit le bout que je lui lance, et l'amarre rapidement. Serré dans une combinaison de travail vert foncé, le visage rond, lissé par le vent, il sourit. Nous passons une 2ème amarre, et après avoir demandé si cela allait, il retourne dans le bateau.Par radio, nous remercions le capitaine qui nous regarde du haut de la passerelle, et soufflons un peu.Ainsi amarré,à l'abri du Cavendish Sea,la situation est nettement plus confortable ! Les dauphins qui nous escortaient depuis la pointe Dunguenes sont toujours là. Noirs de la tête à la queue avec les flancs et le dessous blanc, ils ne sont pas très grands et n'ont pas de rostre. Inlassablement,ils tournent et virevoltent entre ARKA ! et le Cavendish Sea. Après avoir photographié ARKA !, le capitaine et son second viennent nous voir ,et nous invitent à embarquer sur leur bord. Pensant que cela les changerait, nous les invitons à  venir d'abord visiter ARKA ! et boire un café, ce qu'ils acceptent avec empressement. Les distractions étant rares dans le secteur, Ravier et Julian semblent très contents de varier l'ordinaire de leur attente. Installés dans le carré, nous faisons connaissance. Le Cavendish est un bateau de service, qui travaille à la demande pour les plate-formes de forage très nombreuses dans les parages. Travail difficile qui consiste à déplacer les plate-formes et les ancrer précisément. Chaque plate-forme est positionnée au moyen de 12 ancres, pesant chacune 20 tonnes. Travail dangereux aussi, en particulier lorsque sévit le mauvais temps, fréquent dans les parages, et qui provoque inévitablement des interventions urgentes. Toute l'année, le Cavendish attend donc au mouillage de la pointe Dunguenes, et répond aux demandes d'intervention 24H/24. Le bateau est ravitaillé en mer, et l'équipage de 29 hommes relayés régulièrement, par petits groupes de 4/5 pers occupant des postes différents. 2 mois de travail alternent avec 2 mois de repos.Bernard, tu vas être content: récemment le Cavendish à travaillé pour la plate-forme de gaz de Total . Ravier et Julian ne tarissent pas d'éloge quand au sérieux de la compagnie et à l'importance qu'elle apporte à la sécurité. Ils confient même avoir beaucoup appris à cette occasion ! A leur tour, Ravier et Julian nous emmènent visiter leur bateau. Sur le pont du Cavendish, nous avons l'impression d'être à terre: le bateau est imperturbablement immobile ! La plate-forme de travail en pente semble gigantesque. En haut de celle-ci, 2  ancres énormes, juste devant un treuil géant sur lequel est enroulé un câble d'acier qui doit bien faire 5 cm de diamètre. Nous entrons dans une coursive.  Le bruit du vent laisse la place à la trépidation sourde et grave des machines. Nous montons 2 étages pour arriver au poste de commande d'où l'on peut voir tout autour du bateau. Impressionnant. C'est grand, fonctionnel. De l'arrière vers l'avant, on trouve : un fauteuil pivotant devant le poste de commande des treuils aux leviers multiples. La vision du pont est parfaite. Juste à côté, est installée l'informatique du bord, qui comprend plusieurs  ordinateurs et imprimantes, ainsi qu'une grande table de travail. A peu près au milieu se trouve la partie navigation, avec une énorme table à cartes devant laquelle on travaille debout. Malgré une électronique abondante, le travail sur la carte papier semble tenir une place importante : ainsi, crayon et stylo sont attachés avec une petite cordelette afin de ne pas les perdre. Enfin à l'avant, se trouve la partie timonerie classique avec la roue, le compas et différents instruments (radars, pilote automatique, radios ect...).  Julian nous communique des renseignements sur les courants et les mouillages possibles pour nous dans le détroit. Renseignements rendus d'autant plus  précieux par leur pratique quotidienne dans les parages... Ravier contacte une station météo. Le coup de vent annoncé hier est bien confirmé pour cette nuit, et il nous conseille d'attendre le surlendemain pour partir, en restant amarré derrière eux. Cela ne fait pas notre affaire, mais comporte au moins un point positif: nous sommes franchement fatigués, et une nuit de sommeil ne  sera pas un luxe. Ravier nous invite ensuite dans sa cabine pour discuter tranquillement. Outre la place d'une couchette, elle comporte un bureau, 3 sièges et une petite salle de bain. C'est la cabine la plus confortable du bord. Il nous montre des photos de son grand-père, opérateur morse dans la 1ère station de télégraphie sans fil en 1913 au cap des Vierges...et devant les photos de son aïeul au travail, et de la station de l'époque,   il ne cache pas son amertume. A l'époque, l'Argentine était un pays moderne,   et selon lui, à l'heure actuelle le pays est arriéré, et souffre d'un grave problème d'éducation. Il n'est pas étonné que la station du cap de Vierges ne nous ait pas répondu, se montre très critique quand à leurs performances. Par contre, il est très élogieux en ce qui concerne le sérieux des autorités maritimes chiliennes dans le détroit... Il nous parle aussi de sa vie, des 3  enfants que sa femme vient d'avoir et qui font de lui un papa comblé. Ils vivent au Brésil, sa femme étant native de ce pays. Pour lui, la vie y est très agréable, et la différence de valeur des monnaies lui donne une grande aisance. Il emploie 5 personnes pour s'occuper de sa maison, des enfants et aider sa femme qui travaille. Chaque employé lui coûte-charges comprises- 90$   US par mois pour 6 jours de travail et 10H par jours... L'heure du déjeuner approche, et gentiment Ravier insiste pour que nous le prenions avec eux.  Faisant un saut sur ARKA ! nous revenons avec une bouteille de vin et une boite d'un excellent pâté du Sud Ouest "de chenou". Après avoir bien regardé les étiquettes, Ravier et Julian décrètent qu'ils les ouvriront pour Noël. Vu les portions, le travail sur ce bateau doit donner faim, et nous calons à mi-menu ! Le chef mécanicien qui nous a proposé de jeter un coup d'oeil sur le guindeau insiste pour nous faire visiter son domaine. Peu après le repas, il me tend une combinaison de travail, un casque antibruit et m'invite à le suivre. Nous entrons dans une coursive étroite, descendons un escalier raide et arrivons sur une plate-forme qui domine les moteurs et sur laquelle se trouve différents pupitres de commande. L'enchevêtrement des tuyaux et conduites diverses est incroyable. Ce qui apparaît en dessous devrait plaire à l'ami Satanas : 2 énormes moteurs peints en vert qui développent chacun 4000 chevaux assurent la propulsion, au moyen de 2 hélices orientables. Au jugé, ils mesurent bien 10 m de long ! Dans le carter, des hublots permettent  de voir "dedans".A l'avant,un propulseur d'étrave qui ne développe "que" 200CV De nombreux autres moteurs en plus, dans tous les recoins, pour assurer le fonctionnement des différentes machines, treuils ect, ainsi que des groupes électrogènes de taille respectable (400 KW...) Trois mécaniciens s'occupent de tout cela à temps plein... Comment s'y retrouvent-ils ? mystère... Se déplacer au milieu de tout cela quand le bateau danse doit être infernal. De retour sur le pont, mauvaise nouvelle, Ravier annonce qu'ils viennent d'être  appelé, et doivent partir... L'autre bateau part lui aussi, et il nous faut nous débrouiller seuls au mouillage. A ce moment-là, nous nous rendons compte subitement que le vent est tombé. Il est 15H. Dans 1H le courant sera favorable. Plus d'hésitation, il faut foncer. Le mouillage de la pointe Delgada se trouve à 50 milles. En s'appuyant au moteur, et avec l'aide du courant, nous devrions y être avant la nuit... et avant le coup de vent. Nous savons que là-bas nous pourrons nous amarrer à l'un des bateaux pilotes. Rapidement nous remerçions,disons au revoir et mettons en route. Au passage,  nous prévenons la station de la pointe Dunguenes de nos intentions et appuyé au moteur nous fonçons vers l'Ouest. De nombreuses plate-formes, semblables à de grosses araignées posées sur l'eau jalonnent le détroit, très large dans cette partie. Les côtes sont à peine visibles au Nord. La mer est plate, ce qui change agréablement, et aidés par le courant nous avançons rapidement. À mi-chemin, un gros porte containers nous rattrape, puis ralenti, en attendant le pilote qu'il doit embarquer pour remonter le détroit. Un bateau blanc se   dirige vers lui. Peu après ce bateau semble nous prendre en chasse, et fonce droit sur nous. Bien aidé par le courant nous allons vite et il lui faut un certain temps pour nous rattraper. Arrivé à notre hauteur, le bateau pilote Toucan ralenti, calque sa route sur la notre. Sur le pont plusieurs personnes s'agitent et nous regardent. Nous les contactons par radio, et discutons un moment avec eux... La raison de toute cette agitation est simple: ils veulent absolument que nous venions nous amarrer derrière eux au mouillage de la pointe Delgada ! Nous approchons du 1er goulet. Le courant augmente, nous allons de plus en plus vite. A peu de distance du mouillage, le Toucan qui nous suit toujours annonce qu'il part devant et répète encore qu'il nous attend. Le phare et les toits rouges de la pointe Delgada apparaissent. Cap au Nord, nous quittons le détroit, et maintenant face au courant nous nous dirigeons vers le Toucan qui à pris son poste d'amarrage sur une grosse bouée. Plusieurs personnes attendent sur le pont arrière, et nous leur lançons une amarre. Aussitôt celle-ci assurée, ils nous envoient à leur tour une grosse aussière en plus en nous invitant à venir à bord sans attendre. Après nous avoir souhaité la bienvenue, le patron nous emmène rapidement au poste de pilotage Sachant que nous entrons au Chili, il contacte la station de la pointe Delgada pour signaler notre arrivée. L'opérateur demande de nombreuses informations en vue d'établir sans attendre le Zarpe (autorisation de  naviguer dans les eaux chilienne). Cela va du n° de passeport à l'équipement complet du bateau, et nécessite un certain temps. Le patron du Toucan fait toujours l'intermédiaire. Brusquement l'opérateur de la pointe Delgada se rend compte que nous sommes à bord du Toucan. Aussitôt il se met à parler en anglais pour nous souhaiter la bienvenue au Chili ! Puis, après quelques explications sur les démarches à faire, nous demande de l'appeler en cas de difficultés. Le patron du Toucan soupire, et semble trouver que tout cela dure beaucoup. Il expédie un peu les choses,et...s'empresse de nous faire descendre au carré pour prendre un café avec une collation ! Au cours de la discussion qui s'en suit, il nous apprend que Enez, est resté amarré à leur poupe pendant 1 semaine, bloqué par le mauvais temps. Cela fait seulement 3 jours que Noël est parti pour Punta Arenas. Nous aimerions bien le revoir...Nous poursuivons dans le carré d'ARKA ! que notre hôte est heureux de visiter. Puis,dès qu'il a regagné son bord, nous plongeons sous la couette pour une vraie nuit de sommeil.

Mercredi 22/12. Au mouillage de la pointe Delgada.
Le coup de vent est moins fort qu'annoncé, et a la bonne idée de se lever plus tard que prévu, ce qui nous permet de dormir jusqu'à 8H. Ca fait du bien ! Journée tranquille à ranger et faire le ménage. Ce soir le cuisinier du Toucan nous a invité à diner.Le Toucan est un vieux bateau aux cuivres astiqués, avec un équipage de 6 hommes. Son rôle consiste à emmener les  pilotes à bord des gros navires qui transitent par le détroit de Magellan. (embarquer un pilote est obligatoire pour ces bateaux) En raison de l'engorgement et du coût élevé du passage par le canal de Panama, le traffic dans le détroit de Magellan a augmenté de façon conséquente (1700 bateaux par an). Le Toucan ainsi que le Nandou (bateau appartenant à une autre compagnie)  sont opérationnels 24H/24 toute l'année. Le rythme de travail est différent du Cavendish: 2 semaines à bord, puis 1 semaine de repos. Nous sommes conviés pour 18H30. Dès 18H20 l'équipage du Toucan hale sur le bout pour nous appeler. Ils semblent pressés et tirent fort. Si fort que ARKA ! lancé sur son erre vient s'arrêter brutalement sur leur arrière. Le feu de route avant n'a pas résisté, et termine sa carrière, dans un bruit de verre brisé, sous l'oeil consterné du patron... Bon. Il nous reste le feu tricolore de tête de mât, c'est déja ça ! Le Toucan est allé se ravitaillé. Dans un coffre sur le pont arrière s'entassent, fruits, légumes ainsi qu'un mouton entier écorché. Ici, pas besoin de frigo !... Le coffre est ouvert en permanence, et régulièrement visité par les mouettes. Dans le carré le couvert est mis. Le cuisinier a vraiment l'air bonhomme. Sa  fine moustache grise est perpétuellement étirée par le sourire qui ne le quitte pas, et ses yeux clairs pétillent de gentillesse. Pantalon et chemisette blanche, tablier bleu ciel et sur la tête un drole de chapeau de même couleur à mi-chemin entre la toque applatie et le béret basque. Il fait le service, et veille à ce que chacun ne manque de rien. Encore une bonne soirée...Les conditions étant favorables,nous partirons avec la marée de 7H demain matin.

Jeudi 23/12/99 A 11H30 : 52°42' S- 70°16'8 W vent SW 8/10 nds
Au lever le vent est nul. L'amarre du Toucan larguée, nous filons vers Punta Arenas. Le détroit de Magellan comporte 2 goulets dans lesquels le courant est fort. Le 1er long d'environ 8 milles mesure 2 milles de large. Les côtes franches sont bordées de falaises grises peu élevées (25 m environ) Porté par le flot, ARKA ! avance à 11,5 nds lorsque nous entrons dans la vaste baie  circulaire d'environ 20 milles de diamètre qui s'étend entre les 2  goulets.Les côtes s'estompent, puis le 2ème goulet apparaît devant l'étrave. Plus large que le 1er (4 à 5 milles) Le courant y est un peu moins fort. Au débouché nous mettons le cap sur le NE de l'île Isabel afin d'emprunter le canal Reina, plus petit que le canal Nuevo par lequel transitent les gros navires. En approchant de l'île Isabel, au loin apparaîssent les 1ères montagnes enneigées... nous y voilà ! Le vent se lève et nous poursuivons à la voile jusqu'à Punta Arénas. La marée est basse, le quai haut bordé de gros pneus (au moins 2 m de diamètre!) Plusieurs pêcheurs nous regardent de leurs bateaux. L'amarrage n'est pas facile, le vent de 30 nds nous écartant très vite du quai. 1er essai raté, nous dérivons trop vite. Personne ne bouge. Enfin un jeune pêcheur réagit et sort de son bateau pour prendre nos amarres du quai ,3 bons mètres plus haut. Il est 17H, et le temps est superbe. Ca y est, nous y voilà... 7 200 milles après Lorient, ce qui n'était qu'un nom sur la carte est devenu une réalité colorée.

Réception n°24 du 6 Janvier 9h30 : jdb du 24 au 30  Décembre

ARKA ! amarré au Muelle Prat, nous sommes allés satisfaire aux formalités d'entrée au Chili. La douane se trouvant tout près du quai, sera notre 1er arrêt "papier". Bonne surprise, tout va assez vite, et muni d'un 1er document agrémenté de beaux tampons, nous filons au bureau de police, lui aussi près du port. La veille de Noël semble un bon accélérateur de procédure, et là aussi il faut peu de temps à l'officier de l'immigration pour colorer nos passeports d'un tampon bicolore, bleu et rouge. Reste la capitainerie et les services de l'Armada de Chile pour obtenir le Zarpe, (document nous autorisant à naviguer dans les eaux territoriales) . Noël ou pas, ici on prend le temps de tout faire dans les règles. Le questionnaire concernant l'équipage, l'équipement du bateau et la navigation envisagée, fait plusieurs pages. Le service de sécurité des autorités semble fort, et il est instamment demandé de signaler sa position à l'Armada 2 fois par jour. Tout cela est  soumis à la haute autorité à Santiago, et demande un certain délai. Dans la matinée du 24, un jeune officier du Lautaro, bateau de l'Armada de Chile amarré au quai, vient nous voir. Il parle très bien le français, et nous offre spontanément son aide si nécessaire en cas de difficultés ou de  problèmes à résoudre. Quelle gentillesse ! En plus cela tombe bien. Le guindeau ayant besoin d'une grosse réparation... Nous profitons de son coffre. Ce guindeau GDI, quasiment neuf au départ, a plutôt mal vieilli... Lubrifié à vie selon la documentation, il s'est rempli d'eau de mer et tous les roulements sont à changer. Côté moteur, un aimant a cassé spontanément. Enfin, l'éclaté des pièces livré avec l'appareil, ne correspond pas avec ce qui se trouve effectivement à l'intérieur... sympathique non ? Bref, l'ASHAR, qui est le chantier naval de l'Armada de Chile va s'en occuper dès lundi prochain. Ce problème résolu, nous allons découvrir un peu plus la ville juste entrevue hier.Punta Arenas , qui hésite entre le "Far West" et la petite ville provinciale bien rangée. Entre les belles et hautes maisons en dur du centre ville et celles plus modestes, basses et en tôles ondulées de la périphérie, peu de points communs, si ce n'est la largeur des trottoirs et des rues. Ici aussi, l'espace ne semble pas compté ! Centre ville. Une statue à l'effigie de Magellan occupe le milieu d'une place carrée, plantée d'arbres imposants. Au bord de la place s'élève la cathédrale. Nous entrons, les murs épais étouffent les bruits de la ville, et laissent le champs libre au silence. Près de l'entrée, à gauche, une reproduction grandeur nature de Ste Thérèse des Andes tend la main au passant. Des hommes semblables à ceux que l'on croise sur le quai, entrent, s'arrêtant devant la religieuse lui prennent la main et lui parlent. D'autres  vont auprès du Christ en croix sur le mur voisin , baisent les pieds cloutés,  les caressent, levant les yeux vers le visage de l'homme au-dessus d'eux, s'adressent à lui en murmurant... cela dure plusieurs minutes à chaque fois... Impressionnés nous nous dirigeons vers un autre quartier. Rapidement l'ambiance change et les maisons se couvrent de tôles ondulées multicolores. Un marché en plein air occupe le trottoir d'une rue animée en cette veille de Noël. Beaucoup de gens déambulent entre les maigres étalages de vêtements, décorations de Noël et cadeaux bons marchés. A un carrefour, dans sa boutique un boucher s'active au milieu des carcasses de moutons écorchés et suspendues. Il lui faut vraiment peu de temps pour découper une bête en 4  morceaux qui sont rapidement pesés puis emballés... au suivant ! Vers 20H nous revenons à bord, et en regardant la grande crèche installée devant le port nous sommes témoin d'un évènement incroyable : le petit Jésus est déjà là ! oui, oui, prématuré de quelques heures, probablement pour ne pas perturber le réveillon de ceux qui sont chargés de la crèche... et de risquer le retard ! Josette inspirée, sort et installe les décorations, ainsi que la petite crèche Malgache. Pour fêter Noël nous allumons le chauffage et faisons un bon dîner dans le carré d'ARKA ! Le 26 en fin d'après-midi, Patricia, Jean et Guillaume arrivent. Chic alors ! Hélas Patricia souffrante devra retourner à Santiago, et seuls Jean et Guillaume nous accompagnerons pour une courte escapade nautique. Le 29, Jean François arrive à son tour. Un cas, celui-là. Il vient de Hong Kong exprès et semble en pleine forme. Ami de longue date, nous possédons les mêmes bateaux, et pendant la construction d'ARKA !,nous avons maintes fois navigué à bord de son CHOLGAS. L'année dernière, nous avions combiné un rendez-vous en Irlande afin d'aller ensemble à St Kilda puis aux îles Féroé. Détail amusant, nous étions arrivés très exactement en même temps au port de Howth : lui venant de Hong Kong en avion, nous de Lorient à la voile ! Cette fois-çi, pour notre plus grand plaisir, Jean François a doublé son temps de séjour à bord (la table d'ARKA ! semble lui convenir) et nous allons devoir le "supporter" 2 semaines... Sûr, on va prendre du poids ! Le 30 dans l'après-midi, la réparation du guindeau terminée, nous appareillons. Jean et Guillaume qui découvrent la navigation à voile sont ravis. La brise fraîche ne les rebute pas, et les dauphins qui nous escortent un vrai plaisir. Avec eux et Jean-François l'ambiance du bord est loin d'être morose, et dans le superbe mouillage de la baie Aguila, nous passons une soirée animée.


Réception n°25 du 8 Janvier 9h30 : jdb du 31  Décembre au 1 Janvier 2000

Vendredi 31/12/1999
L'annexe gonflée, nous nous préparons à débarquer lorsque 2 randonneurs  apparaissent sur la grève... Nous qui nous croyions loin du monde !!  Ballade à terre, et 1ère découverte des mousses épaisses dans lesquelles on s'enfonce profondément. En bordure de la forêt, de gros buissons de fuchsia fleurissent, ainsi que de petites marguerites et de belles fleurs jaunes qui tranchent sur le vert des herbes hautes. Dans le bois, l'enchevêtrement des  troncs morts pourrissants sur le sol est par endroit difficile à franchir. La forêt fuégienne semble se nourrir d'elle-même, et ne se laisse pas traverser aisément. En suivant la grève nous arrivons au phare du cap San Isidro. De l'antique verrière il ne reste que la carcasse métallique. Au milieu ,un signal lumineux moderne et compact a pris le relais. Et du bâtiment qui devait être celui abritant le gardien du phare, il ne reste que les murs, la toiture et les huisseries ayant disparues. Après avoir profité un peu de la vue superbe, nous regagnons ARKA ! et mettons à la voile pour rejoindre Port Famine. Par égard pour l'histoire, nous mouillons dans une baie voisine, afin d'y fêter la St Sylvestre dignement. 

Samedi 01/01/2000.
 Au matin nous gagnons Bahia Mansa pour permettre à Jean et Guillaume de regagner Punta Arénas où ils doivent reprendre l'avion. Arrivés au mouillage, alors que nous contactons la station radio de l'Armada de Chile qui s'y trouve, nous sommes appelés par ... ENEZ ! Enez, mouillé dans une autre baie tout près, et qui nous rejoint sans tarder... Noël et ses 2 fils Yann et Erwan arrivent juste à temps pour déjeuner et faire la connaissance des 2 malheureux qui débarquent à contre coeur pour rejoindre la ville... Même le Champagne que Noël a apporté ne semble pas les consoler...  Allez, promis, on vous rembarque à la 1ère occasion ! Quand à nous, nous passons une de ces soirées que l'on souhaite voir se prolonger le plus longtemps possible à échanger nos expériences avec Noël,  Erwan et Yann.

Réception n°26 du 17 Janvier 9h30 : jdb du 2 au 3 Janvier 2000

Dimanche 02/01/2000 A 12H : 53°51 S - 70°57'5 W vent NE 15 nds
Alors qu'Enez met cap au Nord vers Punta Arenas, nous nous dirigeons vers le Sud. La mer est calme, le vent faible, puis nul...et c'est finalement au moteur et sous la pluie que nous découvrons le canal Magdalena. Vers 16h nous mouillons dans la baie de Puerto Hope, située sur l'île du Capitan Aracena qui borde la rive Ouest du canal. Le plan d'eau est superbe, bordé d'arbres et entouré de montagnes qui pour lors sont cachées dans les nuages. L'entrée fait un coude, et ce vaste abri naturel est parfaitement calme. Au retour d'une promenade toujours sous la pluie, c'est un grand plaisir de retrouver l'abri du carré où le chauffage dispense une chaleur bienvenue. Bien au sec, en chaussons et attablés devant un bon repas, le bruit de la pluie qui   crépite sur le pont devient presque agréable...Josette fait cuire une brioche et l'odeur sortie du four nous stimule franchement les papilles...Il n'en faut pas plus pour que les 3 gourmands que nous sommes décident à l'unisson de rebaptiser Puerto Hope en ... Port Brioche !

Lundi 03/01 A 12H : 54°18'3 S - 70°40'6 W vent nul
Au réveil, ARKA ! est toujours aussi immobile. La pluie a cessé, et les montagnes qui nous entourent se dévoilent. Entre la végétation à la luxuriance quasi tropicale au niveau de la mer, et le glacier qui domine la baie, juché sur une montagne, le contraste est saisissant ! Sur l'eau calme quelques lions de mer se prélassent sans hâte. La brioche avalée -il faut bien prendre des forces- ... nous relevons l'ancre et mettons en route. Faute de vent, Mr Perkins est de service. Cap au Sud. Devant l'étrave les hauts sommets glacés du mont Sarmiento sortis des nuages se détachent nettement. Après une dizaine de milles nous quittons le canal Magdalena pour nous engager cap à l'Est dans le seno Keats puis le seno Agostini où plusieurs glaciers de la cordillère Darwin près de l'île Sorpresa descendent jusqu'à la mer. Près de l'île Sorpresa nous trouvons un 1er "champs" de glaçons peu dense. Nous ne résistons évidemment pas à la tentation et dirigeons ARKA ! droit dessus. Doucement nous approchons du glacier. Les fonds remontent rapidement, nous stoppons à une centaine de mètres. Alors que nous sommes très occupés à profiter du paysage, un petit morceau du glacier se détache avec un bruit sourd, semblable à un coup de canon et tombe à la mer. Pas de vagues, le morceau est trop petit et nous sommes trop loin pour risquer quoique ce soit. Cependant l'importance du bruit nous surprend ! Poursuivant vers l'Est nous arrivons au fond du seno Agostini qui se divise en 2 branches, séparées par la pointe Carmen. De nombreux glaciers se déversent dans le seno Serrano (le plus au Sud). L'autre branche, le seno Hyatt se termine par une gigantesque falaise de glace qui nous attire. Elle s'impose littéralement dans le paysage, alors qu'elle est encore à une bonne dizaine de milles ?Lentement la falaise grossie, et au bout d'une heure et demie nous trouvons le seno totalement couvert de glaces flottantes issues de l'un des gigantesques glaciers de la cordillère Darwin. Lentement ARKA! se fraye un chemin dans ce tapis blanc et bosselé. Peu à peu les bruits sourds de la glace sur la coque deviennent moins inquiétants. Peu à peu l'eau libre disparaît. Dans le sillage, la glace écartée par l'étrave reprend sa place, et nous voilà bientôt totalement entourés d'un tapis blanc, bleu et gris. Nous stoppons. L'impression est extraordinaire. Dans le calme de cette fin de journée, tout est immobile, presque figé. Après avoir écarté quelques glaçons nous mettons l'annexe à l'eau. A tour de rôle 2 d'entre nous y embarquent pendant que le 3 ème éloigne un peu ARKA ! (la glace est trop dense pour que l'annexe puisse s'y frayer un chemin). De l'extérieur la vision d'ARKA ! au milieu des glace est assez étonnante ? Après avoir bien profité de ce plaisir nouveau, nous repartons lentement jusqu'à l'eau libre. Sur la carte nous avons repéré une baie qui semble offrir un abri convenable, à la sortie Nord du seno Agostini. 3Heures après nous entrons dans la baie Angelito où nous mouillons pour la nuit après en avoir fait le tour et dérangé 3 canards vapeurs.

Réception n°27 du 19 Janvier 16h30 : jdb du 4 au 10 Janvier 2000

04/01/2000 à 12H : 54°19'5 S - 70°41 W
Après quelques milles, le petit vent de SE qui nous accompagnait est tombé et Mr Perkins est a nouveau de service. Le temps  est sombre et le paysage prend une allure austère, sévère. A la sortie du seno Keats nous retrouvons le canal Magdalena vers le Sud. Vers 16H nous arrivons à Puerto King promptement rebaptisé Port Aurélie cf. Le roi de Patagonie (Moi, Antoine de Tounens) de Jean Raspail. L'abri est parfait: mouillage à l'avant et 2 amarres arrières passées sur les arbres dans un véritable petit port naturel très étroit (peut-être une quinzaine de mètres de large). D'un côté une sorte de quai en pierres constitué par des roches verticales qui s'élèvent d'un mètre au-dessus de l'eau à marée haute, de l'autre les grands arbres penchés sur l'eau au pied d'une petite montagne. Les arbres font un abri parfait, et pas un souffle d'air ne passe sur le pont.En plus, et pour ne rien gâter l'endroit est réellement très beau ! Du quai naturel pendent des morceaux de cordages laissés par les pêcheurs qui viennent régulièrement s'abriter ici. Dans le fond de la crique, les restes d'une cabane en branchages et plastiques déchirés sont encore bien visibles ainsi que les traces d'un foyer. De temps en temps des feuilles d'arbres tombent sur le pont. L'eau est claire, sans une ride, et permet de voir au fond, sur les roches, des algues gigantesques, ainsi que des milliers de cholgas, ces grosses moules dont se nourrissaient les indiens. Actuellement elles sont contaminées et mieux vaut ne pas les ingurgiter. Quel dommage !

05/01/2000 A 12H : 54°20 S - 71°21'7 W vent W 25 nds
Au matin, la petite crique dans la baie de Port Aurélie est toujours aussi calme. En sortant nous trouvons 30 nds de vent d'W bien établi, et avec des rafales musclées. Sous Grand-voile a 3 ris et Génois bien réduit nous louvoyons dans le canal. Il pleut.Brusquement un rocher gris pointe hors de l'eau près du bateau. Je bondis, cherchant à comprendre.Je viens de regarder  la carte, et sur ce bord il n'y a pas de danger à redouter..me serais-je trompé ? Après une courte incertitude, j'appelle Josette et Jean-François : en fait de cailloux, cela ressemble fort à un éléphant de mer ! curieux car théoriquement il n'y en a pas dans le secteur. Peut-être un égaré ? Peu à peu au fil des virements de bord, ARKA ! gagne des milles et  nous voilà dans le canal Cockburn qui s'ouvre sur l'océan Pacifique. Le vent baisse un peu lorsque nous entrons dans la caleta Louis située sur l'île  Clarence, pour y passer la nuit. Un bateau de pêche d'une dizaine de mètres est amarré aux arbres, une ancre sur l'arrière. Sur le pont 3 hommes nous font signe d'approcher et de nous amarrer à couple. Ça c'est gentil ! Les présentations sont vite faites. Hérode et son équipage sont là pour la nuit. Ils pêchent des algues en plongée - avouons-le, nous aurions préféré qu'ils pêchent des centollas, ces délicieuses araignées de mer géantes, mais on ne peut pas tout avoir, non ?- Comme tous les bateaux locaux, a l'arrière de sa cabine sont suspendus des morceaux de mouton. Peu après d'autres bateaux de pêche plus petits entrent et viennent s'amarrer sur l'autre bord d'Hérode qui les ravitaille en carburant. L'un d'eux, très bas sur l'eau, ne doit pas avoir son pont arrière à plus de 30 cm au-dessus de l'eau... ce qui ne l'empêche pas de repartir en se dandinant dans la pétarade fumante de son vieux moteur. Dans la soirée tout est calme, et une loutre vient pêcher dans les algues près des bateaux, avant de chercher on ne sait quoi dans les rochers du rivage.

06/01/2000 A 12H : 54°33 S - 72°04'8 W vent N/NE 24 nds
Depuis cette nuit le baromètre descend franchement, le vent qui a tourné au N est faible. Sans hésiter nous nous appuyons au moteur afin de sortir sans traîner du canal Cockburn très exposé aux colères d'Eole et du Pacifique le mal nommé (Mr Magellan y a rencontré des conditions exceptionnellement clémentes lors de son voyage). Au fur et à mesure que nous approchons de la mer la houle s'amplifie. Le vent toujours faible, monte à 25 nds lorsque nous nous engageons dans le canal Brecknock, juste à temps ! A partir de là, (sauf sur les quelques milles d'un coude du canal Brecknock) nous serons   principalement au portant. Même si le temps se dégrade, cela ne devrait pas trop nous empêcher de faire route (Jean-François tenant à prendre son avion le 12 à Ushuaïa) vent de travers, et sous le soleil, nous fonçons entre les îles qui encadrent le canal. La végétation se fait plus rare, et les quelques arbustes semblent suivre le relief de près, collés aux pentes par le vent qui règne en maître.Après quelques milles vers le SE le canal fait un coude orienté au NE avant de repartir au SE. Suivre le canal va nous contraindre à tirer un bord de près humide contre le vent qui continue à monter.Selon la carte, il est possible de passer entre les îles Nelson et les cailloux que le chenal destiné aux gros bateaux contourne largement. Le passage est étroit, mais la visibilité est excellente, et en cas de problème il suffira de laisser porter pour s'éloigner des dangers... allons y ! Prudemment nous roulons le génois et négocions le passage le plus étroit ( - de 20 m de large sur 50 m de long) au moteur appuyé par la G voile. Tout se passe bien, et peu après nous retrouvons une allure portante, qui nous propulse rapidement jusqu'à l'île Macias où nous comptons nous arrêter. La pluie est de retour et lorsque nous entrons dans la baie, le vent établi au NW souffle à 40 nds. Pendant 2 bonnes heures nous essayons de mouiller sans succès. A 3 reprises le mouillage dérape, malgré 2 ancres empennelées (10 et 20 kg) et 50 m de chaîne de 12 mm, le seul endroit convenable pour s'amarrer à terre est très exposé au vent du moment, ce qui nous fait renoncer à cette solution. Sans plus attendre nous repartons vers un autre abri que nous avions repéré sur la carte à 5 milles.Port Edwards (rebaptisé Port Repli) est situé au fond d'un seno profond, encadré de hautes montagnesun vrai nid à williwaws, soufflant de tous les secteurs, mais dans un cadre somptueux. Dans la soirée, un choc brutal, semblable à un échouage nous fait bondir sur le pont.Rien. Rien qu'une rafale de vent, qui venant exactement à l'opposé de la précédente nous a poussé vent arrière. Une fois la chaîne étendue, ARKA ! s'est arrêté brutalement retenu par son ancre en faisant tête... pas mal, non ?

07/01/2000 A 12H : Relax à Port Repli
D'un commun accord nous passons la matinée à lire et a flemmarder... A midi, l'ancre chasse et après un rapide repas nous repartons. Le canal Brecknock est... venté. Pour simplifier les empannages qui nous attendent, nous naviguons sous Génois seul, ce qui est bien suffisant.A l'entrée du canal Ballenero nous croisons une barge de transport de matériel chilienne avec qui  nous avons un contact radio sympathique. Peu après un véritable mur blanc qui masque tout le paysage nous rattrape. Cela va vite, et nous n'avons pas fini de rouler le génois que la grêle crépite bruyamment sur le pont... et les marins. L'anémomètre s'envole, dépasse les 50 nds réels, et la visibilité chute fortement. Malgré le peu de toile, ARKA ! fonce en aveugle. C'est  brutal, mais ne dure que quelques minutes. Impressionnant...Le seau attaché au balcon arrière,tenu à l'horizontale par le vent s'est rempli au tiers de grêlons bien durs. Jean-François qui ne perd pas le Nord, en récupère immédiatement une partie pour rafraîchir son Pisco du soir! La lumière est splendide et le paysage prend un relief fantastique. C'est indescriptible, patience,attendez les photos ! Nous renvoyons de la toile, en gardant un oeil sur l'arrière ... tout l'après-midi les grains se succèdent, aussi violents les uns que les autres. Rude, le pays. Vers 19h nous mouillons dans la baie de puerto Engaño (que nous rebaptisons d'emblée port Bienvenu ). L'abri est excellent, et le fond de bonne tenu nous assure une nuit tranquille. Au loin le canal est blanc d'écume levée par le vent furieux. Le contraste avec le calme du mouillage est étonnant. Bien au chaud dans le carré, seul le claquement de la grêle sur le pont pendant les grains nous rappelle que dehors c'est la tempête.

08/01/2000 A 12H au mouillage à Port Bien Venu
Après une bonne nuit et un solide petit déjeuner nous allons faire une longue promenade à terre. Le vent ne s'est pas calmé, et du haut des collines, nous en éprouvons pleinement la force. Le canal Ballenero est toujours moucheté d'écume. Au loin, l'entrée de l'étroit canal O'Brien que nous devons emprunter, est régulièrement masquée par les grains. Les abords et la sortie  sont malsains, et mieux vaut ne pas subir un grain dans ces parages mal  pavés...et donc attendre que celà se calme un peu. L'après-midi n'apporte pas d'amélioration, et aux grains de grêle ou de neige fondue succèdent des instants de franc soleil. Bref, un vrai temps "chocolat chaud - tartines beurrées - bouquins" bien au chaud dans le carré devenu nid douillet.

09/01/2000 A 12H : 54°52'7 S - 70°12' W vent W 25 nds
Au réveil il fait 2°C sur le pont, la neige tombée dans la nuit recouvre toutes les collines à partir d'une cinquantaine de mètres au-dessus de la mer. Le soleil est de la partie, et dans la lumière vive du matin, le paysage prend un relief... presque palpable. Qu'est-ce que c'est beau !... Le vent semble un peu moins fort, et nous levons l'ancre sans tarder (en tout cas plus qu'il n'en faut pour dégager le mouillage de l'énorme masse de kelp (algues locales qui remontent avec !). Dans le canal le vent d'Ouest souffle à 30 nds et nous arrivons rapidement près de l'île Redenda dont le phare marque l'entrée du canal O'Brien. Tout va bien, les 1ers cailloux sont parés. Ce n'est qu'un peu plus loin, dans le canal, devant la baie de Porto Fortuna qu'arrive le 1er grain de grêle de la journée. Pas de problème, même si ce n'est pas large, il n'y a pas de changement de cap à faire, et tout se passe bien. La sortie par le passage Nord de l'île Timbales se déroule sans difficulté, les grains ayant la bonne idée d'attendre un peu ! Maintenant les passages les plus délicats sont dans le sillage, et nous n'avons plus qu'à nous laisser pousser par le vent dans le large bras NW du canal Beagle. Après avoir largué plusieurs glaciers de la cordillère Darwin qui vêlent dans la mer, nous mouillons pour la nuit dans la caleta Olla. Ancre à l'avant, 2 amarres portées à terre sur les arbres, l'abri est excellent et superbe. Par contre, ce mouillage qui n'est quà une trentaine de milles d'Ushuaïa, est très fréquenté par les voiliers de charter, et "sent" la civilisation comme en témoignent plusieurs foyers destinés aux barbecues sur la plage... une page est tournée !

10/01/2000 A 12H : toujours au mouillage dans la caléta Olla
Aucun d'entre nous n'étant pressé d'arriver à la "ville", nous tardons à appareiller, et faisons une longue promenade à terre, avant de déjeuner tranquillement. Eole, lui, n'a cure de nos états d'ame, et nous pousse rapidement vers la baie d'Ushuaïa où nous nous amarrons à un corps mort vers 19H30. Le paysage a une tête sympathique: montagnes enneigées et maisons colorées.

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