Etape 3 : Îles du Cap Vert - Trinidad- Mar del Plata
Réception n°6 du 3 Octobre 22hEscale aux îles du Cap vert (île de Sal)
Entre Porto Santo, bien accroché à l'Europe et le Cap Vert, c'est... le jour et la
nuit. La nuit, justement, parlons en ! La nuit Porto Santo regorge
de lumières qui permettent d'approcher les rivages du port sans difficultés pour
apprécier les distances. Sur la côte N de Sal, la nuit, rien. L'obscurité absolue. Les
côtes sont basses, et même le radar ne voit que l'océan. Puis, 2 ou 3 échos suspects.
Enfin la lune sortant d'entre les nuages permet d'entrevoir les masses plus sombres du
Monte Grande (4O6m) et du Morro Di Leste (263m). En longeant la côte W, finalement
quelques lumières apparaissent. Un avion se pose sur l'aéroport international. La piste
a beau être à quelques Kms à l'intérieur de l'île, nous le voyons parfaitement tout
au long de ses manoeuvres, jusqu'à son arrêt ! Le phare de Palmeira ne fonctionne pas,
mais les abords étant sains et les conditions maniables, mouiller dans la baie ne
présente pas de difficulté. Après quelques heures de sommeil, nous nous précipitons
sur le pont découvrir le paysage qui nous entoure. Le petit déjeuner vite avalé, nous
voilà dans l'annexe, direction le rivage. A peine le pied sur la plage, un jeune
homme nous accueille, sourire aux lèvres, et se fait un plaisir de nous renseigner. Les
rues sont pavées de pierres noires, les maisons basses, aux toits en terrasse, petites,
pauvres. Certaines peintes de couleurs qui ont dû être vives, d'autres en parpaings
bruts. Peu d'entre elles sont finies, les arbres rares. Nous voilà devant la Delegação
Maritima, où nous devons faire viser les papiers du bateau et de l'équipage ainsi que
régler la taxe portuaire. Les murs sont peints en bleu ciel, les volets clos. La porte
est grande ouverte, nous entrons. A gauche du couloir, une pièce baignant dans une
pénombre tranquille, avec 2 bureaux. Derrière le 1er est installée une jeune femme
occupée à lire. L'officiel en uniforme est là, lui aussi, qui attend. Il parle un peu
Français, et tient à ce que nos échanges se déroulent dans cette langue qu'il nous dit
aimer et avoir appris à l'école. Les papiers dûements remplis, il ne reste plus qu'à
se rendre à l'Aéroport pour satisfaire aux formalités d'immigration.
| Passé les dernières maisons, un paysage aride, presque lunaire s'offre à nous. Une vaste plaine ocre rouge et caillouteuse s'étend jusqu'aux pieds du Morro Di Leste et du Monte Grande. Dans les ravines, de rares arbustes rabougris, aux branches sèches, grises étirées par le vent portent un léger feuillage. Noussommes en pleine saison des pluies, et ça et là, le vert tendre d'une herbe rase adoucit le paysage. Quelques vaches, (a coup sûr spartiates) paissent au loin, et donnent malgré tout un air de campagne tranquille à ce qui ressemble pourtant bien à un désert. Plus loin disséminés ça et là, des gens, binette à la main, rassemblent les pierres en petits monticules. Pourquoi ce travail de fourmis, nous n'en saurons rien. |
En revenant au bateau, nous sommes attirés par l'animation qui règne sur un petit quai où vient de s'amarer une barque de pêche. Plusieurs thons de bonne taille sont débarqués, certains mesurent plus d'un mètre, et pèsent un poids respectable. Debout sur une avancée du quai qui se trouve plus bas, et battue par le léger ressac, le pêcheur les pieds dans l'eau, vide et lave les poissons. Grand, maigre, les mouvements désarticulés, ses moustaches et sa barbe en pointe lui donne un air de Don Quichotte. La tête, la langue, le foie, l'estomac, sont soigneusement mis de côté pour être consommés par la famille. Puis la pêche est vendue à des marchands qui vont le revendre à la ville voisine d'Espargos. L'affaire ne traîne pas. Les poissons suspendus à un peson font l'objet d'une rapide négociation qui voit atterrir dans la main du pêcheur quelques billets colorés: 2500 escudos pour une vingtaine de kilos ( environ 150FF). Le lendemain, partis de bonne heure faire une grande ballade à pied, nous passons à Espargos, qui ressemble déjà beaucoup plus à une petite ville -sans immeuble tout de même ! - En passant devant l'échoppe d'un coiffeur pour homme, je m'arrête. J'envisageais justement de confier ma" perruque" aux mains du Rat, mais.... un professionnel, quand même, ne serais-ce pas plus sûr ? Allez entrons ! La pièce blanche du sol au plafond vibre au rythme d'une musique frénétique. Deux fauteuils en métal argenté avec repose pieds articulé et coussins rouges attendent le client. Buen dia ! L'un des 2 coiffeurs me fait signe de m'installer et me couvre aussitôt d'un énorme drap bien serré autour du cou. Il est jeune, athlétique et souriant. Seule la minceur de la chevelure qu'il arbore m'inquiète un peu.... 2 millimètres, pas plus, c'est sür. N'étant pas encore tout à fait disposé à m'alléger autant, je crois bon de lui préciser que je ne souhaite pas une coupe très courte. Pourvu qu'il ait bien compris mon Espagnol approximatif qui remonte au lycée ! Le Rat, avec un sourire sarcastique, s'est installée dans un fauteuil, et, la destinée de ma chevelure lui ayant échappée, attend impatiemment la suite des évènements. Faute d'eau courante, l'artiste travaille à sec. Si le Barbier de Belleville (cf Reggiani) oeuvrait avec des petits ciseaux, le Barbier de Sal, lui travaille à la tondeuse électrique. L'engin, démoniaque à souhait, fait un bruit épouvantable, et au moment ou le chantier commence, j'ai un certain mal à garder l'air "dégagé" de toute appréhension qui conviendrai à la situation. Les passages à travers ma tignasse se succèdent sur tous les secteurs de la rose des vents. Au bout d'un temps qui me semble incroyablement long, le coiffeur arrête son engin, brosse énergiquement les cheveux qui me restent, jauge l'avancement de ses travaux, change son outil, et c'est reparti. Nouvelle pose, nouveau brossage, observation attentive de mon crâne, changement d'outil...etc. Petit à petit, mes cheveux qui offraient une résistance acharnée cèdent de la longueur face à l'opiniâtre de l'opérateur. Commence alors une longue, très longue séance de brossage énergique, qui ne nécessite pas moins de 2 brosses différentes puis de 2 sortes de peignes Le cuir chevelu commence à chauffer sérieusement quand mon tortionnaire à la bonne idée de le rafraîchir avec un vaporisateur rempli d'eau. Ah! que c'est bon ! Pour un pays où l'eau douce ne coule pas en abondance, la ration qu'il me déverse sur la tête est proprement diluvienne. Saisissant le rouleau de papier toilette tout blanc posé sur la tablette devant moi, l'arroseur en déroule une bonne longueur avec laquelle il s'empresse d'éponger le surplus qui dégouline allègrement dans mon cou. Mon regard croise celui du Rat dans le miroir, et nous évitons d'un poil l'explosion de rires. Puis, s'emparant d'un sèche cheveux électrique qu'il branche à la place de la tondeuse, une nouvelle brosse dans la main droite, le coiffeur qui s'est transformé en magicien à l'air grave, commence des tours de passe-passe autour de ma cervelle. La phase capitale de l'opération semble se jouer là. Quelques minutes plus tard, tout va bien, son sourire revient, je suis sauvé ! non....pas tout à fait, ou pas encore en tout cas. Il faut maintenant s'attaquer aux finitions. En préliminaire, un coiffage en brosse soigneux s'impose pour préparer le terrain. L'homme déplie ensuite un coupe choux, avec lequel il me rase délicatement les pattes et la base du cou. Nouveau pincement au coeur: il vient de brancher une autre tondeuse qui semble redoutable: une"finissante" qui passe en rase motte sur la peau....s'il fait un faux mouvement, il me taille une piste d'atterrissage à poissons volants ! Heureusement le pilote est adroit. Les cheveux qui dépassaient un tant soit peu sont inexorablement coupés au niveau plancher qu'il s'est fixé. Ma tête est couverte d'une magnifique boule lisse et noire... qui ne semble pas encore satisfaire le chef. S'armant alors de petits ciseaux, et rejoignant en cela le Barbier de Belleville, il pourchasse les derniers récalcitrants qui lui avaient échappés, examine attentivement le résultat. Satisfait, il donne le coup de brosse final, et dénoue le drap qui m'enserre avant de m'épousseter soigneusement le visage, les oreilles, le cou avec une brosse aux poils très souples et chargée de talc apaisant. Me demandant alors de quel pays je viens, il déclare en riant que, maintenant, il est international ! Le prix de la coupe est dérisoire : 250 escudos Cap Verdien , soit 14FF. L'opération a durée une bonne heure. Pour quelques temps, l'alizé aura fort à faire pour redonner à mes cheveux le désordre naturel qui leur est habituel!....Quand je sort, je suis beau comme un pape et Josette me fait une grosse bise. Pour revenir, nous prenons un "aluguer"(sorte de taxi collectif) et c'est assis sur les bancs dans la benne du 4 X 4, cheveux au vent - tout au moins pour Josette - que nous regagnons ARKA!
Réception n°7 du 6 Octobre 23h30
Escale aux îles du Cap vert (île de Boa Vista)
Suite du J de B : L'après midi, nous allons au dépôt Shell en vue d'acheter du Gazole afin de compléter notre plein. Un homme qui visiblement ressemble plus à un marin de passage qu'a un membre du personnel nous aborde avec un franc sourire : " Bonjour, est-ce que je peux vous aider ?" La question carburant réglée, nous poursuivons la discussion à bord fort tard dans la nuit. Claude, la cinquantaine, semblait-t-il, avoue en fait 70 ans, 3 tours du monde en solitaire, 160000milles sur son voilier "Marie Galante" qu'il vient de vendre à un ami Sud Africain. Estime qu'à son age il convient d'être plus raisonnable. Sic ! Il change son valeureux croiseur de 12m en aluminium pour un "petit" 10m en polyester plus tourné régate.... Notre projet de navigation dans le Sud l'enchante, lui qui a été saluer le Cap Horn, et nous sympathisons franchement. Au mouillage à Palmeira depuis 3 semaines, il attend le nouveau propriétaire de "Marie Galante" ainsi que l'un de ses amis pour convoyer le bateau à Cape Town. Ici il se sent un peu seul, car pas vraiment en phase avec les équipages des quelques bateaux au mouillage, plus adeptes des rêves artificiels que des mouillages de rêve. Seuls, Guy et Christine sur "Toutoun" échappent à ce triste constat, et rêvent eux aussi les yeux ouverts sans artifices. Partis depuis 1 an, et subjugués par l'Afrique, ils ont momentanément(?) renoncé à mettre le cap à l'W sur les Antilles, qui leurs semblent bien fades à côté de ce qu'ils ont vécu. Dans quelques jours ils repartent en direction du levant, au Sénégal où ils vont aider un ami à construire sa maison, puis en Gambie. A leur bord, Titus, un petit chat sauvé d'une mort certaine, et qui ne veut plus descendre à terre ! L'eau ne semble pas l'inquiéter le moins du monde, les plongeons et les bains de mer sont quotidiens, ainsi que le poisson frais que Christine se charge de lui pêcher; Entre nous, le courant passe plutôt bien et c'est avec regret que nous relevons déjà l'ancre pour Boa Vista. Sûr, on se reverra, et puis.... qu'est-ce que c'est bon les regrets comme ceux là ! Quand à Claude, nous convenons de nous retrouver à Brava avec son nouvel équipage. Partis tard, nous arrivons une fois de plus de nuit. Les phares ne fonctionnant pas, c'est avec l'aide du radar et du sondeur que nous prenons le mouillage dans 4m d'eau à Porto de Sal Rei. Au réveil le paysage qui nous entoure est superbe: à droite des dunes de sable blanc sur fond de montagnes grises et ocres. Sur l'autre bord, l 'il de Sal Rei bordé de roches et d'une belle plage; les ruines d'une grande batisse habillent le relief plutôt bas dans l'ensemble. Face à l'étrave, au delà d'un récif, le village. Une visite s'impose ! Copieusement mouillés, nous hissons l'annexe sur une plage de sable blanc, aidés par de touts petits enfants ravis de l'aubaine.
Le village aux rues tracées au cordeau et peu animé, nous semble moins agréable que Palmeira. Çà et là, sur les trottoirs, des femmes vendent quelques légumes (tomates, oignons, pommes de terre), 2 à 3 Kg de chaque pas plus. Nous cherchons des ufs et n'en trouvant pas nous rentrons à bord. En fin d'après midi, appareillage pour Brava. Il y a un bon vent et nous marchons fort, quand une odeur de gazole nous alerte dans le bateau. Une inspection rapide montre que le joint d'étanchéité de la plaque de piquage gazole moteur à chassé....et, avec la gîte le carburant s'écoule dans les fonds. Sans attendre, nous virons de bord et revenons sur Boa Vista- au prés cette fois-ci !- pour réparer. Nouvelle arrivée de nuit, on commence à avoir l'habitude ! puis assèchement des fonds pour commencer, et la nuit portant conseil, au dodo. Cette plaque de piquage achetée toute faite, en vue de gagner du temps s'est depuis le début révélée peu pratique....regrets ! Heureusement l'atelier d'ARKA! est bien garni. La fabrication d'un nouveau joint et sa mise en place occupe toute la matinée de dimanche au détriment de la messe ! En fin d'après midi, nouveau départ pour Brava où nous arriverons sans encombre, mais cela est une autre histoire!
Réception n°8 du 14 Octobre 8h
Etape Cap vert - Buenos Aires (Mar del Plata)
Dans la matinée, nous longeons Fogo, énorme cratère surgit de la mer et dont le
sommet tout gris culmine à 2900m au-dessus des nuages qui stagnent à mi-pente. Sous ce
manteau protecteur, tout est vert jusqu'à la mer. Brava grandit devant l'étrave et
bientôt nous arrivons au mouillage convoité, là, juste derrière cette pointe... où,
exactement, on ne vous le dira pas ! histoire de pousser ceux qui rêvent - le mot rêve
est celui qui revient le plus souvent dans vos courriers - à partir écarquiller les yeux
à leur tour.... La petite baie que l'on découvre derrière cette pointe vaut le
déplacement. Une véritable merveille. Des colonnes montagneuses abruptes ocre rouge et
vertes dominent le mouillage ,lui donnant une grande ressemblance avec les paysages des
Marquises.
| Les quelques maisons colorées coincées entre la montagne et la mer s'alignent le long d'une route pavée bordée par un muret en pierres taillées qui s'appuie sur la grève de galets gris. Certaines font penser à la Méditerranée, d'autres aux Antilles. Fait rare dans l'archipel, ici l'eau coule généreusement de la montagne et la nature en jardin d'Eden luxuriant "Marie Galante" est là, nous mouillons à côté. Peu après Claude et ses amis sont à bord. Demain matin ils mettent à la voile directement sur Cape Town. En attendant nous passons une excellente soirée, qui nous donne bien envie de faire un "petit" crochet vers le Cap en rentrant... un petit détour de rien du tout, qui serait tellement sympathique ! Bon on verra... De bonne heure, Claude, James et ? - nous avons oublié son prénom ! - appareillent. .. |
| Peu après leur départ, les enfants du village qui nagent comme des poissons font une timide incursion autour du bateau. Quand nous débarquons à terre, ils sont une bonne dizaine accrochés à l'annexe, riants aux éclats. Impossible de se promener seulslls veulent tout nous montrer. En arrivant près d'une cocoteraie, un garçon plus âgé -peut-être 20 ans? - monte dans un arbre plus rapidement qu'un pompier sur une échelle, et cueille quelques fruits qui tombent lourdement au sol. Redescendu aussi vite ,il ouvre les cocos avec pour seuls outils des cailloux choisis sur place... et une bonne pratique ! Juan c'est son nom -nous en tend 2 et nous faisons connaissance en buvant l'eau qu'ils contiennent. Après une bonne ballade nous rentrons à bord. Juan nous aide à faire comprendre aux enfants que nous souhaitons être un peu au calme, et tout se passe gentiment. En fin d'après midi, en rentrant de la pêche, il dépose 2 poissons dans le cockpit. Demain, nous irons avec lui à Nova Sintra, la "Capitale". Après avoir été remettre au maître d'école un sac de crayons et stylos - c'est ce que nous demandent les enfants quand on les croise ... Nous rencontrons le frère de Juan qui rentre de la pêche. Il s'est fortement entaillé la paume de la main droite et vient nous solliciter car il n'a rien pour se soigner. Josette désinfecte soigneusement la plaie et devant sa profondeur, nous décidons de poser des bandes de stéri strip pour la refermer. Nous lui laissons quelques produits pour refaire le soin et l'encourageons à ne pas plonger en mer pendant quelques jours. Cette dernière recommandation est loin d'être facile, sa pêche servant à nourrir la famille... Pour l'encourager, nous refusons le poisson qu'il nous offre en remerciement. | |
| Nous attendons avec pas mal de monde le camion qui sert de bus pour aller à la ville. Juan parlemente avec le chauffeur, car il ne semble pas habituel que les touristes empruntent cet "aluger" particulier : un petit camion haut sur pattes, avec une benne à gravats. L'embarquement est acrobatique, mais tout fini par monter : les gens, les matériaux, les grandes cuvettes pleines de poissons, etc... finalement, c'est plein, le camion démarre, une femme se signe. J'ai réussi à garder pour Josette une petite place sur le bord de la benne afin qu'elle puisse se cramponner. Au milieu, tous les voyageurs se tiennent entre eux, véritable grappe humaine dont je fais partie. En attaquant la montagne et ses virages, les choses se corsent un peu ! Chaque soubresaut, accélération, virage, coup de frein surmontés sont autant de victoires saluées par les clameurs des équilibristes qui couvrent le bruit du moteur ! Josette a le dos tourné à la mer. Dans un virage, le précipice qui plonge derrière son épaule est véritablement impressionnant. Vu l'état des pneus cela devient ....moins rassurant. Rapidement nous nous trouvons dans les nuages. Avec l'altitude la végétation augmente et un nouveau danger apparaît: les feuillages qui lèchent la benne.Quand ceux qui sont à l'avant poussent de grands cris en se baissant, c'est le signal, et tout le monde en fait autant. Olé ! Tout cela n'empêche pas une femme de commencer à vendre son poisson. Il y a preneur, alors qu'importe le reste, n'est-ce pas ! Premier arrêt. Une partie des voyageurs descendent. Toujours dans les nuages, nous ne voyons rien de ce qui nous entoure. Un peu plus tard, le camion entre dans Nova Sintra, et nous sautons à terre sains et saufs. Ouf ! |
La ville est noyée dans les nuages et la visibilité qui ne doit pas excéder 25/30m crée une ambiance assez particulière et pour le moins originale. La végétation a beau être tropicale, beaucoup de gens portent un pull. Le marché municipal est pauvre : 1 seul étalage offre quelques oignons et courges, de l'ail, des patates douces. A la poste nous achetons un emballage et des timbres pour expédier quelques pellicules photos en France. Juan devrait se charger de le poster demain. Nous prenons 25L de gazole à la station Shell, où le pompiste attend impeccablement tiré à 4 épingles dans l'uniforme de la société qui l'emploie (gris lui aussi comme l'air du temps local). Après avoir déambulé un moment dans les rues pavées de cette ville des nuages, nous repartons dans un "aluger" plus conventionnel pour rejoindre ARKA! Dans la benne du retour (eh oui, on s'habitue !) une femme du village, présente ce matin quand Josette a soigné le pêcheur, fini par nous demander timidement si nous avons un médicament pour les maux de tête. Son sourire, lorsque nous lui répondons que oui, nous allons lui en donner, fait plaisir à voir. En allant acheter du pain, nous lui apportons un paquet contenant différents médicaments pour les maux de tête, ainsi que des compresses et du désinfectant pour soigner les petites blessures (nous avons remarqué que beaucoup d'enfants ont des plaies qui guérissent mal car probablement pas soignées) En échange, elle nous offre un plat de poisson grillés qu'elle a préparé à notre intention. Hum, le bon dîner que voilà ! Avant de regagner le bord, nous laissons à Juan le paquet de pellicules à poster ainsi que quelques cadeaux et les Escudos qui nous restent. Salut, l'ami, demain nous reprenons la mer pour un grand bout d'océan.
Jeudi 07/10 A 12H30 : 14°40'3N - 24°48'6W vent SE 18/28 nds Au
près.
L'aube est grise, calme. Aux chants des coqs qui résonnent sur la baie,
répondent quelques bêlements de chèvres. Ajouté aux rumeurs marines du bateau qui tire
doucement sur son ancre, l'ambiance sonore pour le moins insolite, incite au lever. Avant
de nous atteler aux préparatifs du départ, nous profitons pleinement de cette quiétude.
Séchage et pliage de l'annexe, complément de plein de gazole, différé pour cause de
fortes pluies hier soir, changement de l'anode d'hélice en plongée, nous occupent en
priorité. Seul bémol, au-dessus des montagnes, les nuages viennent du SE... peut-être
un effet de relief ? En milieu de matinée, nous levons l'ancre, et sommes vite fixés :
une fois quitté l'abri, le vent est bien SE, et fort. En plein dans le nez ! Que les
vents de NE habituellement dominants sous ces latitudes se soient mis en vacances, soit.
Mais qu'ils se fassent remplacer par leurs collègues de l'autre hémisphère, c'est
gonflé ! Surtout pour démarrer une longue traversée.... d'autant plus qu'ils seront
bientôt - et pour longtemps - nos hôtes !... Bon tant pis, puisque c'est ainsi.... Grand
voile à 1 ris, génois partiellement roulé, ARKA! fonce bravement au près, cap au Sud.
Sur le pont, cela mouille trop, tous les capots sont fermés. A l'intérieur du bateau il
fait vraiment chaud, et tout est moite. Même si le soleil est invisible, il
n'en dispense pas moins une forte chaleur. Tropiques obligent, non ?... Dans le sillage,
Brava s'efface rapidement sous un grain de pluie, nous laissant seuls face à l'océan
gris. Au revoir... Promis, juré, craché : la prochaine fois, ce ne sera pas un passage
éclair. Consolation : au près le vent apparent augmente, et l'éolienne qui est
parfaitement silencieuse, suffit seule à assurer les besoins énergétiques du bord. Dans
la soirée le vent en mollissant un peu nous promet une nuit plus calme.
Vendredi 8/10 A 12H30 : 12°23'6N - 25°18'6W vent E/NE 10/12
nds
Le vent a tourné vers l'E, et l'allure est plus agréable. Doucement nous
reprenons nos marques. Tout va bien à bord, seule la pêche est infructueuse, alors nous
nous rabattons sur la cambuse en boite. Ah ! ne pas oublier : Bon Anniversaire, Ti' Bout
!(alias Kévin). A l'heure de la digestion, le vent tombe complètement, et Mr Perkins
prend le relais. La traversée vers l'hémisphère Sud pose un problème tactique : le
passage du pot au noir en jargon maritime (ou zone de convergence inter-tropicale pour les
météorologues). Tentons une explication succincte : en raison de la rotation de la terre
sur elle-même, l'orientation des vents de l'hémisphère N est à l'inverse de celle de
l'hémisphère S, le pot au noir situé un peu au dessus de l'équateur constitue une
sorte de zone frontière entre l'alizé du NE au N et l'alizé du SE au Sud.
Caractérisée par des vents faibles, et des orages violents, le passage de cette zone
dont l'étendue et la position varie au cours de l'année peut être plus ou moins long.
Avouons le, je n'ai pas suivi les conseils de notre ange gardien météo... et pour
différentes raisons, choisi une route directe qui, si elle doit nous faire traverser une
zone de calme plus étendue (le pot au noir étant nettement plus large ici que dans l'W
de l'Atlantique) devrait nous placer en position plus favorable quand l'alizé de SE
montrera son nez pour de bon !... verdict dans quelques jours !
Samedi 9/10 A 12H : 10°11'2N - 25°44'7W vent NW 10/14 nds
Au petit jour, un groupe de dauphins mal réveillés croisent devant l'étrave sans
nous regarder. Heureusement, on les a vu, nous ! La brise s'oriente au NW, monte un peu,
4/5 puis 8 nds et nous voilà sous spi. ARKA! est ravi de porter cette tenue bleue qui lui
va a ravir ! Quand à moi, je JUBILE ! Aucun poisson n'ayant manifesté quelque intérêt
pour notre leurre, Josette se décide pour préparer un repas terrestre. Ecoutez donc,
c'est bon. Ayant toujours à bord des pommes de terre, oignons, ail, thym et laurier issus
du jardin de Juvisy ( merci Papa !...) je décide de faire un paillasson de P de T .
Prendre des pommes de terre du jardin de Mr Serre (sinon ce sera moins bon...), un oignon,
une gousse d'ail et une pomme grany, râpez le tout (râpe a gros trous) bien mélanger,
saler, poivrer + qq herbes et du fromage râpé. Ajouter 1 ou 2 ufs battus. Dans une
poêle, mettre un peu d'huile, déposer la moitié du mélange puis couper dessus 2
tranches de jambon en petits dés et recouvrir avec l'autre moitié de la préparation.
Bien aplatir ce paillasson avec une spatule en bois, couvrir et cuire à feu doux 10 à 15
mn, le retourner sans vous brûler, et cuire l'autre face de la même façon. Déguster
avec une salade -enfin pour nous ce sera sans ...-La nuit va tomber. Le vent en fait de
même et le spi rentre dormir aussi. Mr Perkins en pleine forme prend le relais à petite
vitesse, appuyé par la grand voile, et le Pitain va se coucher. Avec la nuit, quelques
nuages noirs sont venus s'installer dans le ciel, puis 2 ou 3 éclairs. Le quart commence
mal, moi qui n'aime pas beaucoup les orages à terre, je ne les apprécie pas plus en
bateau en pleine mer. Pour me rassurer, je mets le radar en veille, la première image est
édifiante, 1 grain derrière, un 2nd à bâbord et 1 autre à tribord. Dehors il fait
maintenant bien noir, seules quelques étoiles et les éclairs illuminent le ciel. De
retour à la table à carte, mon regard se fixe immédiatement sur le radar, quelle
merveille cet engin! il voit tout, et là en l'occurence c'est un énorme grain à l'avant
tribord. Que faire ? Continuer droit dessus - vent fort et pluie - ou l'éviter.
Conseil pris auprès de Didier, je choisis la 2ème solution. A partir de là va débuter
le slalum entre les grains...Jusqu'à bien entendu, l'inévitable tel une barrière en arc
de cercle devant nous. Allons-y, seule consolation la pluie va rafraîchir cette
atmosphère lourde et moite qui s'était installée. Je baisse le capot de descente
et seul dehors l'Indien imperturbable sous une pluie battante mène ARKA! qui trace dans
la mer un sillage phosphorescent.
Dimanche 10/10 A 12H : 8°00'3N - 25°55'7W vent nul.
J'étais curieux de voir à quoi ressemblait pour de bon cette zone de calme
équatoriaux dont la traversée faisait inévitablement partie des récits de mer que je
dévorais adolescent.(j'aime bien tremper mon doigt dans le pot de confiture ....) L'image
radar de la zone est assez étonnante : l'écran (échelle 16 milles) est constellé de
taches plus ou moins grandes de zones pluvieuses aux contours divers et dont la densité
variable indique l'importance des précipitations. Si certaines sont minuscules, d'autres
barrent tout l'écran et font plusieurs milles de large....Vu du pont, cela va de
sombre... à noir.(débrouillez-vous pour y voir clair) La mer est agitée alors que le
vent, faible (4 à 5 nds) monte un peu à l'approche de la pluie. J'oubliais : c'est
humide ! La zone de grains passée,un petit vent d'W/SW 7à10nds prend le relais. Pas de
gâchis, à la voile .Quelques heures plus tard, le soleil levé, le Rat en fait autant et
prend le relais.Au réveil le soleil est là, oubliés les orages de cette nuit,
aujourd'hui j'ai une pensée particulière pour François (le fiston) et Magalie qui
rentrent de vacances et vont devoir reprendre le boulot....Bon courage ! Le vent s'est
couché - comme Didier ! - et c'est au moteur que nous traçons la route sur une mer
encore un peu agitée (restes de cette nuit )
Réception n°9 du 27 Octobre 8h : jdb du 10 au 15 Octobre
Suite de Dimanche 10/10
La journée s'écoule tranquille entre pêche, lecture et petit sieston, histoire
de compléter nos 1/2 nuits. Il fait chaud et même très chaud.... on se surprend à
espérer un grain juste pour se rafraîchir ! Et bien oui, il arrive, il est là, 1,2, 3,
4 gouttes et le voilà qui s'éloigne.... Mince, un peu trop juste pour une douche !!!!
Dans la soirée le vent semble tourner au S serait ce que le Pot-au-Noir est
passé? Mr Perkins va t-il pouvoir se reposer
et ARKA! ouvrir à nouveau ses ailes ? Patience..
Réception n°10 du 27 Octobre 8h : jdb du 16 au 23 Octobre
Samedi 16/10 A 12H00 : 01°58'8 S - 29°22'3 W vent SE 14/17 nds
Après une nuit très agitée, tantôt à taper ou bien à
chevaucher des vagues désordonnées, au matin nous bénéficions d'une légère accalmie.
Il fait très chaud, l'heure du déjeuner étant proche, nous décidons d'installer le
taud de soleil. Sûr, nous allons perdre un peu en vitesse me dit l'Pitain mais tant
pis... Si Francine était là, elle penserait comme moi que notre travail est bien
récompensé. Quel confort ! Déjeuner en terrasse à l'ombre et face à la mer..... ARKA!
est si beau avec cette nouvelle parure, qu'un banc de dauphins vient faire un
véritable ballet autour de nous. Quelle merveille, ils sautent, cabriolent de toute
part, jaillissent de la surface de l'eau comme des fusées, certains exécutent des
loopings. On aimerait les toucher, leur parler, ils ont l'air si insouciants et
heureux..... Puis la féerie s'arrête et repartent comme ils sont arrivés....Au revoir
les copains... A la tombée de la nuit, l'organisation étant maintenant bien rodée, je
prends le 1er quart. ARKA ! bataille toujours dans une houle désagréable. Allongée sur
le pont, je rêve en essayant d'identifier les étoiles lorsqu'arrive un petit ami
ailé, probablement fatigué, il survole 2,3 fois le cockpit, je ne bouge pas... confiant,
il se pose sur le balcon arrière, s'ébroue, se toilette en lissant soigneusement ses
ailes, avance un peu jusqu'au winche et là se repose un moment. Puis il repart, fait un
tour derrière le bateau et vient à nouveau se poser, mais là, sur la capote au-dessus
de ma tête. Je ne vois plus que sa queue qui dépasse et cette nouvelle position, je dois
le dire, m'inquiète un peu... Par chance ce nouveau perchoir ne lui convenant
probablement pas, il retourne sur le winche et me voilà rassurée.
Dimanche 17/10 A 12H : 4°04'6 S - 29°28 W vent SE 18/22 nds
01H30, l'heure de mon quart, Josette me réveille. D'ordinaire,
à cette heure-ci elle se montre peu loquace, fatiguée et ayant hâte de se coucher.
Cette fois, non. Au contraire, bien éveillée et toute contente, elle m'annonce qu'un
oiseau s'est posé sur la capote, qu'il est avec nous depuis un bon moment, que, peut
être faudrait-il le nourrir car il doit avoir faim et être très fatigué...et ne tarie
pas sur le comportement du volatile qu'elle a adopté d'emblée. Horreur ! une usine à
guano s'est installée sur le pont. Apprendre qu'en plus il faudrait la nourrir, -ce que
la bestiole nous rendrait au centuple en remerciements douteux- me coupe presque
l'appétit, et je monte rapidement faire connaissance avec notre passager. Posé sur le
bord de la capote, il semble humer les embruns, et peu farouche. Du poste de veille que
nous adoptons la nuit, seule sa queue apparaît au-dessus de la tête... inquiétant !
Rapidement je lui explique que sa présence à bord n'est que tolérée et suppose un
contrôle sphinctérien parfait de sa part. Pendant une bonne heure tout se passe bien.
Puis il change de place, et s'installe sur le winche qui sert à manoeuvrer l'enrouleur de
génois. Le vent monte, et bientôt je dois réduire la toile. L'emplumé est toujours
campé sur le winche dont j'ai besoin et je tente vainement de lui expliquer qu'il gène.
Rien à faire, il refuse de bouger. Plus le vent monte, plus le titi s'accroche fermement.
Décidé à manoeuvrer, j'approche résolument la manivelle de winche,ce qui le contrarie
beaucoup, et lui fait pousser un cri, lancer un coup de bec vers ma main avant
d'abandonner son perchoir...et le bateau. Bon voyage, ingrat ! Quand à nous, le voyage se
poursuit au près dans un vent bien établi à 20nds et une mer formée. Sur le pont ça
mouille copieusement ! Mis à part les deux manches à air du roof et celles des hiloires
de cockpit, tout est hermétiquement fermé. Après avoir noyé la cuisine à
plusieurs reprises, nous avons renoncé à entrouvrir le capot de l'hiloire de roof sous
le vent, et dans le bateau il règne... une forte chaleur !
Lundi 18/10 A 11H4O : 6°20 S - 29°23'6 W vent E/SE 14/18 nds
Cette nuit nous avons fait l'objet d'attaques en règle par des
hordes de poissons volants. Josette en a même reçu un dans les cheveux ! Un certain
nombre de ces excités trouvés autour du cockpit ont été remis dans leur
élément primitif. Au matin nous attendions une belle "récolte" sur le pont.
Hélas que néni ! Nous faisons toujours route au près, et l'océan reprend d'une
vague ce qu'il a donné d'une autre. La pêche à la traîne ne donnant rien, l'équipage
au grand complet tient conseil. Dorénavant, tout poisson volant pris sur le pont la nuit
sera considéré comme poélable, et déposé dans un seau disposé a cet effet à
l'arrière du bateau en attendant le jour. Hé hé ! A propos de poisson. Michel - celui
qui transpire en coulisse sur ce site - nous avait envoyé à Palmeira une recette de
poisson typique du Cap vert le "caldo de peixe" en nous suggérant d'aller y
goûter et lui dire si c'était bon. Un soir, les babines alléchées, nous nous sommes
dirigés vers le seul restaurant du village, tenu par un italien. Pas de "caldo de
peixe", pas de poisson grillé ,car dit-il, les poissons d'ici ne sont pas bon
grillés, mais il propose un "misto de poissons" à la cap verdienne. Au bout
d'une bonne 1/2H, des plats arrivent sur la table voisine, mais ce n'est pas pour nous.
C'est le patron qui dîne seul, en se faisant servir par des enfants... sympathique non
?... Quand le gargotier a terminé son repas, il nous sert : 3 misérables poissons cuits
on ne sait trop comment et noyés dans une quantité invraisemblable d'huile, accompagnés
de frites bien froides. Un vrai régal ! Arrive l'heure de la note. Notre Vatel en short
demande "c'était bon ?" avec un air entendu qui signifie qu'évidemment, oui,
c'était bon. L'effet a été radical pour ma mémoire. Spontanément le vocabulaire
nécessaire m'est revenu aux lèvres pour lui expliquer très clairement que non, ce
n'était pas bon du tout ! Nous rions encore en revoyant son sourire qui est devenu
instantanément aussi figé que ses frites !
Mardi 19/10 A 12H : 8°59'9 S - 29°09 W vent E/SE 15/17 nds
Mercredi 20/10 A 12H : 11°19 S - 29°09'7 W vent SE 14/20 nds
Jeudi 21/10 A 12H05 : 13°55 S - 29°08'4 W vent E 18/20 nds
Cela fait maintenant deux semaines que nous avons quitté Brava.
Les journées s'écoulent tranquilles entre lecture, discussion et manoeuvres. Seule ombre
au tableau, les messages des copains ne nous parviennent plus ! dommage, c'était bien
agréable et on espère que cela va se solutionner rapidement... Ah ! si, un changement
semble s'opérer dans notre univers marin. La température de l'eau qui, il y a 8 jours
encore était à 3O° C affiche aujourd'hui un petit 26° C. Pas catastrophique me
direz-vous, mais tout de même, nous sommes obligés de mettre un tee-shirt pour les
quarts de nuit ! Et, je me surprends à penser : mais vous, peut-être avez-vous allumé
le chauffage, et qui sait, la cheminée et vous êtes là, devant le feu, regardant
les flammes s'étirer en léchant les bûches .....
Vendredi 22/10 A 12H : 16°48'5 S - 29°08'7 W vent E 17/19 nds .
Aujourd'hui, comme hier d'ailleurs, à la tombée de la nuit le
vent fait des caprices et à cause de ses sautes d'humeur, m'oblige à surveiller. Alors
je reste sur le pont et scrute le ciel, une étoile par ci, une autre par là entre les
nuages, trop peu pour une identification..... Mais là, sur le côté une superbe tête de
taureau noir, cornes dressées et chevelure frisée, qui me regarde. Et par ici, un coq a
l'allure très fière. Plus loin le buste d'un mouton blanc, une patte repliée, regardant
en l'air en bêlant; et là encore, un canard prêt à prendre son envol... Finalement
c'est une nuit superbe. ARKA ! indifférent à tout cela pulse moustaches au vent en
chevauchant les vagues, et le temps passe.... voilà qu'il est l'heure de la relève.
L'ours mal réveillé prend la suite, envoie le Rat se coucher et met un peu d'ordre dans
la ménagerie : Rigel, Beltégeuse, Sirius, Canopus, les nuages de Magellan reprennent
leurs identités. Ouf ! tout va bien, le ciel est à sa place !
Samedi 23/10 A 12H10 : 19°31'4 S - 29°13'7 W vent E 12/16 nds.
0H40.
Assis à la table à cartes, je suppute notre heure
d'arrivée... à 7 nds, comme maintenant, nous devrions y être vers 20H... à moins que
... J'aime bien ce tête à tête avec la carte dans l'intimité de la petite lumière
rouge. La pensée joue avec le temps sur l'océan devenu échiquier, et où les dés sont
de vent... Élucubrations savantes que ce farceur d'Eole joue à bousculer sans égard,
évidemment ! Tranquillement je prépare notre atterrissage et m'imprègne des détails de
cette île à 600 milles au large des côtes du Brésil. Dans l'après-midi l'Indien se
met en grève et nous oblige à barrer à sa place. Peu de temps après alors que le Rat
est en conversation téléphonique avec son honorable Papa, l'île au trésor apparaît à
35 milles devant l'étrave. Oui, oui, il s'agit bien d'une île au trésor : le capitaine
Kid, pirate de son vivant, y aurait caché le sien ! Peut-être est-ce pour cela que
l'armée Brésilienne y maintient une petite garnison ainsi qu'une station de
météorologie ? Les lumières de la petite base sont maintenant bien visibles. Le
mouillage principal de l'île est devant mais avec le vent qui a tourné au NE ce matin il
est peu probable qu'il soit tenable. Sous voilure réduite nous approchons lentement. Les
maisons sembles bien proches maintenant. Devant l'une d'elles, des gens jouent au
volley-ball sous la lumière des projecteurs ; d'autres se promènent. On a dû nous voir,
car à l'autre bout de la base sur la berge, on nous adresse des signaux lumineux. A tout
hasard nous poursuivons encore un peu... mais devons renoncer. Le vent et la houle assez
forte portent à terre, la prudence nous fait mettre cap au large pour tenter notre chance
dans une autre baie, sur la côte W de l'île. Dommage... l'ambiance était palpable,
juste àportée de rames... frustrant ! (d'autant plus que depuis une douzaine de jours
nous n'avons eu que des vents de S à SE !) Une petite heure plus tard, nous entrons dans
la Enseada Do Principe. Eclairé par la lune le paysage est impressionnant, et lancées
des falaises les rafales de vent sont sèches mais brèves. A l'aide du radar nous nous
positionnons de façon optimum,et mouillons une bonne longueur de chaîne dans 12 m d'eau.
L'ancre semble bien crochée, et une fois le pont rangé, l'équipage au complet va au
dodo.
Réception n°11 du 29 Octobre 8h : jdb du 24 au 26 Octobre
Dimanche 24/10 : Au
mouillage dans la Enseada de Principe à Trinidad.
Ponctuée de rafales plus ou moins fortes mais toujours brutales, la
nuit s'est écoulée. Avec le jour, l'ampleur du paysage est fantastique. Juste à
côté, la masse énorme du Pão de Azucar, nous écrase littéralement de ses 391m
de basalte noir taché de gris. A sa droite, les falaises déchiquetées du Moro Do
Paredão, ocre rouge et jaune, forment un mur gigantesque de 200m de haut qui ferme le
mouillage au SE. Entre le Pão de Azucar et le Pico de Vigna à sa gauche, un col assez
large et verdoyant apporte une touche de douceur champêtre à ce paysage
minéral.Descendant en pente douce vers la mer, il se termine par un petit ressaut donnant
sur une plage claire. Depuis la mer l'accès de la plage du Prince, puisque tel est son
nom, est bien défendu. Une barre de roches submergées courant parallèlement à la
plage, déchire impitoyablement les vagues qui donnent l'assaut. Et comme si cela ne
suffisait pas, le vent furieux descendu du col leur arrache de longues traînées d'écume
qui se vaporisent dans l'air. Le Pico Branco domine la partie W de la baie avec ses 470m,
et des couleurs fauves sous un sommet noir. Quelques orgues de basalte hérissées
surgissent de la mer et forment l'îlot Do Sul qui marque l'extrémité SW de la baie.
Seul bémol dans ce cadre exceptionnel... le débarquement à terre en annexe est
impossible, et nous devons patienter pour aller rendre visite aux occupants de la
petite base brésilienne. Écriture, pêche et bricolage occupent la journée. En ce qui
concerne la pêche, nous adoptons une technique nouvelle. ARKA ! est entouré d'une nuée
de balistes noirs peu farouches et curieux. Ces poissons sont très beaux (20 cm env.) de
couleur dominante noire, avec des reflets vert émeraude. Le dessus de la tête est ocre
foncé, et la nageoire dorsale qui court du milieu du corps à la queue est soulignée
d'une jolie bande bleue fluorescente. La généreuse ration de maïs en boite que Josette
leur distribue semble beaucoup leur plaire... et je n'ai plus qu'a attraper simplement les
gourmands à l'aide d'une petite épuisette !... le seau est vite plein ! Bons joueurs
nous les remettons à l'eau pour essayer une technique différente: le seau. Voici la
méthode : exciter les poissons en agitant légèrement le seau à la surface. Quand la
densité de nageoires attirées par le mouvement semble suffisante, "piocher"
rapidement dans l'eau avec le seau qui ressort pratiquement plein ! Dans la nuit, le vent
tourne, le clapot rentre dans la baie et nous réveille très, mais vraiment très tôt.
Lundi 25/10 Évènement : nous avons trouvé le trésor de Trinidad.
Au matin, nous levons l'ancre, et ne pouvant nous résoudre a
quitter l'île sans saluer les habitants, nous repassons devant la base. Le mouillage est
tenable ... et aussitôt pris ! Sur la berge on nous fait de grands signes et par radio le
commandant nous informe qu'il nous attend sur la petite plage où les rouleaux déferlent
franchement. L'annexe est gonflée. Prévoyant ce qui pourrait arriver, je propose à
Josette de laisser le moteur à bord et de ne prendre que les avirons sans lui donner plus
d'explication. En short et tee-shirt, avec quelques affaires dans un sac à dos, nous
voilà partis. Sur une barre rocheuse, 2 hommes nous guident vers une étroite bande de
sable. Un rouleau de taille modeste nous emporte... pas assez cependant, et le reflux nous
laisse assez loin du rivage. aie ! Surveillant nos arrières, je vois bien le gros rouleau
qui nous arrive dessus ! Josette, elle, n'a d'yeux que pour le paysage devant. Lui dire de
sauter et courir vers la plage ? un peu tard ... bon. Soyons digne. Le Cirque ARKA !
débarque face à des spectateurs ravis de l'évènement. Nous ne devons pas rater notre
entrée. Le rouleau arrive... il dépasse nos têtes d'une bonne cinquantaine de
centimètres... et VLAN !! nous exécutons un splendide salto floc arrière, avec
trempage de l'équipage sous l'annexe retournée jusqu'au rivage, où le reflux me laisse
juste le temps de retenir mon short plein de sable qui ne demande qu'a me quitter. ( je
rassure tout le monde, celui de Josette en jean, s'est cramponné à sa propriétaire)
nous rattrapons l'annexe, les rames, et allons tout dégoulinants, mais dignement serrer
la main des autorités hilares. Le spectacle leur a beaucoup plu... et notre honneur est
sauf ! Sans plus attendre ils nous emmènent visiter la base, et sans nous laisser
le choix nous retiennent pour déjeuner avec eux. La petite station météorologique est
adorable, et l'accueil de ceux qui y travaillent vraiment très chaleureux. A peine sommes
nous entrés que l'on nous offre des chocolats et du café...est-ce notre aspect
"mouillé" ? Eux aussi ont assisté d'un peu plus loin à notre
"spectacle"! La visite de la base est détaillée, des cuisines au dortoir en
passant par le potager, le poulailler, les bâtiments en construction et l'infirmerie,
sans oublier le magasin où l'on nous donne plusieurs paquets de café brésilien...
impossible de refuser. Le repas est animé et copieux, l'ambiance très amicale et
détendue. En fin d'après midi nous retournons à bord avec nos hôtes et les invitons à
dîner. ( le départ de la plage ne s'est pas trop mal passé !) Malheureusement, un appel
radio les fera rentrer à terre plus tôt que prévu avec juste une bouteille de
Champagne, et renoncer au repas bien français que nous leur destinions. Malgré
leur insistance, nous restons à bord. La houle augmente et nous craignons de ne pas
pouvoir regagner ARKA ! En fait, la gentillesse et la chaleur de l'accueil brésilien,
voilà le vrai trésor de Trinidad.
Mardi 26/10
Dernier au revoir par radio et par gestes puis nous levons l'ancre pour Mar Del Plata.
Le temps est superbe. La visibilité excellente, hélas, car nos regards restent attachés
sur l'île que nos pensées n'arrivent pas vraiment à
quitter. En fin d'après midi le pilote automatique refuse tout service. Après pas mal
d'essais nous pensons avoir cerné la panne, mais sans avoir les moyens d'y remédier à
bord. Nous sommes à 40 milles de Trinidad. Le commandant nous avait proposé son
aide technique en cas de problèmes... Après avoir un peu hésité, nous décidons de
revenir sur l'île où nous pensons pouvoir nous dépanner et ensuite rallier Mar Del
Plata directement sans escale ailleurs pour réparer.
Réception n°12 du 30 Octobre 20h : jdb du 27 Octobre au 29 Octobre
Mercredi 27/10.
Au petit jour, nous mouillons devant la base. La houle est impressionnante, et
les gros rouleaux qui déferlent sur la côte interdisent tout débarquement. Nous
n'avions évidemment pas envisagé cette éventualité ! Nous conversons par radio avec
Daniel Marchado, le commandant de la base, qui assure que la réparation du moteur
électrique de notre pilote automatique est possible, et qu'il viendra à bord dès que
les conditions seront meilleures.
Pour mieux visualiser les lieux, la baie des Portugais ouverte du NW au SE est bordée de
rochers sur lesquels la mer vient briser. Au SE la baie est fermée par une barre rocheuse
à demie submergée qui s'avance perpendiculairement au rivage sur environ 250 m. A
l'enracinement de cette barre rocheuse, se trouve une petite plage. La partie accostable
est étroite (10/12m seulement) et profite de la protection des roches, en particulier à
marée basse, quand les vents et la houle ne sont pas trop défavorable. En ce qui
concerne le fonctionnement de la base, pour parer à ces aléas, les hommes et le
matériel sont dorénavant débarqués par hélicoptère depuis le navire ravitailleur.
Toute la journée s'écoule sans changement, ponctuée de grains de pluie.
Jeudi 28/10 .
La nuit à été très agitée, et nous avons eu beaucoup de mal à trouver le
sommeil dans ARKA ! transformé en shaker bruyant. Toute la journée le temps reste le
même. Il pleut beaucoup et la houle ne cesse pas, au contraire même nous semble-t-il par
moment. Nous en sommes presque à regretter notre choix, et nous nous donnons une butée.
Si demain à la mi-journée il n'y a pas d'amélioration du temps, nous repartons sans
pilote automatique. Tant pis, mais notre rendez-vous avec Tony à Mar Del Plata approche
à grand pas. L'après-midi se passe tranquillement en courrier, discutions, petite sieste
réparatrice. 2 tortues nagent près d'ARKA ! , 2 autres sont visibles un peu plus loin.
On nous avait dit qu'il y en avait beaucoup ici et qu'en décembre elles venaient pondre
sur une plage au sud de l'île. La houle ne semble pas les gêner le moins du monde
! A l'heure du thé, Daniel Marchado nous annonce une amélioration pour demain. Chic
alors ! A la nuit le vent change, et travers à la houle, nous roulons encore plus.
La nuit ...est douteuse à souhait !
Vendredi 29/10.
A l'aube la houle et le vent se sont calmés, et nous pouvons dormir un peu. Vers 8H
nous voyons arriver à la nage Daniel et Elton, un jeune matelot. Ils vont nous aider à
emmener le vérin du P.A. à terre. Nous gonflons l'annexe, installons notre précieux
matériel dans un sac étanche, et c'est parti. A l'arrivée, Daniel, Elton et moi sautons
à l'eau, et tenons l'annexe à l'étrave et sur les côtés. Josette restée dedans tient
le sac amarré, de façon à ce que le vérin plein d'huile ne se renverse pas. Nous
nageons vers la plage en tirant. A chaque rouleau nous tournons l'étrave face
à la vague. Dès le 1er rouleau Josette trempe dans une baignoire flottante, s'accroche
tout en tenant précieusement le sac dans le bon sens... et tout se passe bien ! L'annexe
et son contenu arrivent sur la plage sans encombre. Daniel Marchado nous conduit jusqu'aux
ateliers, petite bâtisse séparée en plusieurs pièces : mécanique, électricité,
électronique et menuiserie. Le moteur qui jusque là avait refusé de se laisser ouvrir
cède face au déploiement des forces qui s'attaquent à lui. Le cache qui permet de
l'ouvrir (ce que nous ne parvenions pas à faire à bord) est extrait à l'aide d'une
presse hydraulique (arbre grippé sur un roulement). Rapidement il se retrouve en pièces
détachées sur l'établi devant la fenêtre ouverte face à la baie. "carbon"
dit José le mécanicien. C'est bien ce que nous avions diagnostiqué vu la poussière
rendue par l'engin lors de nos tentatives d'ouverture. Nous n'en avons pas de rechange,
car aux dires du fournisseur (que nous avions été voir spécialement lors du dernier
salon nautique de Paris...) ce genre de matériel pouvait allègrement fonctionner tout un
tour du monde sans nécessiter d'intervention... Félicitations Mr !...et qu'est-ce que
nous avons été crédules ! (Pour ceux que cela intéresse, à l'issue de ce voyage nous
ferons un bilan technique complet, aussi objectif que possible). Joao l'électricien ,
revient avec une caissette où se trouvent les charbons dont il dispose. Il y en a de
toutes sortes, des gros, des petits, des longs, des courts,etc.... Il en choisissent qui
permettent d'en façonner 2 sur mesures. Quelques ajustages et essayages plus tard, notre
moteur paré de 2 charbons neufs fonctionne parfaitement. Le vérin n'a plus qu'à
regagner son sac étanche... accompagné d'abrasif et de "matière 1ére" que
l'on tient à nous donner !. Daniel M. n'en reste pas là. Il insiste pour que nous
restions déjeuner avec lui, et ensuite dit-il vous irez faire les essais sur ARKA !. Au
menu : poisson pêché au fusil sous marin dans la baie que Daniel prépare
lui-même. Avant de recommencer nos acrobaties nautiques, nous nous entendons avec
lui pour leur offrir en fin d'après midi un petit buffet de spécialités françaises
afin de les remercier. En arrivant sur la plage, nous trouvons 5 bidons de 20L de gazole
que José à filtré, et que l'on tient à nous donner.... Ils sont vraiment
incroyablement gentils ! Pour repasser la barre nous sommes aidés par Daniel, Elton et 2
matelots qui rentrent de la chasse sous marine avec de belles prises. Josette embarque,
nous tirons et passons un à un les rouleaux. Une fois derrière la barre, nous nous
maintenons à la rame à distance prudente pendant que Daniel, Elton et les 2 autres
matelots amènent à la nage un à un les 5 bidons de gazole... la suite du retour à bord
s'effectue sans problème. Seul l'embarquement est un peu scabreux. (Avec la houle, le
niveau du plancher de la jupe d'ARKA! oscille entre un bon mètre au-dessus de l'eau, et
...sous l'eau ! ) le vérin est remonté, essayé : tout fonctionne... Chic, alors !
Nous préparons du pain, sortons des coffres du foie gras de canard, un excellent pâté
de porc du Sud Ouest, du vin de Bordeaux et de Touraine. Dans la fromagerie nous prenons
un bon morceau de fromage de brebis des Pyrénées; et complétons cela avec de la crème
de marrons Clément Faugier (la Seule, l'Unique, dixit Didier ). Tout cela est
soigneusement rangé dans le sac étanche, et en fin d'après midi, nous repartons à
terre. Le débarquement est ... humide, mais l'essentiel arrive à bon port ! Comme
convenu, Daniel et Sandro ont convié Elton, José, João dans leur logement. Ceux-ci
observent une certaine retenue et n'osent pas se servir... du coup nous n'arrêtons pas de
leur préparer des toasts, et quelques verres plus loin tout va mieux! De la même façon,
nous servons et abreuvons d'office Daniel Luiz, l'ordonnance du commandant Marchado qui
reste en retrait dans l'encadrement de la porte de la cuisine....pas question de se
goinfrer sans lui, non ? En plus, sachant que nous revenions, il nous a préparé un
gâteau au coco à embarquer..., bref, les frontières habituelles sont un peu
effacées, l'ambiance est chaleureuse. Tous semblent apprécier et sont aussi
heureux que nous de ce moment. Tant mieux ! A l'heure du café Daniel nous propose de
dormir à terre. Petite hésitation, car il fait nuit noire, les rouleaux sont toujours
là, et si le vent est complètement tombé, la pluie elle tombe drue...Je ne serais pas
tranquille, même si je sais que nous sommes bien ancré. Essayons d'abord de rejoindre
ARKA ! Si cela s'avère trop difficile, il sera toujours temps d'accepter cette offre
d'hébergement... Juste avant de partir, nous recevons encore un cadeau : 6 boites de
Guavana, boisson typiquement brésilienne (jus de fruit qui ressemble un peu au cidre).
Dernière représentation du cirque ARKA !. Une douzaine de personnes sont là, avec des
lampes et des projecteurs. Daniel et Sandro nous serrent chaleureusement la main, au
revoir... en piste ! Un long cordage est amarré à l'avant de l'annexe. 4 personnes
s'avancent le plus loin possible sur la barre rocheuse, et en tirant sur ce cordage, vont
nous aider à passer la barre. Sous la lumière des projecteurs et toujours sous la pluie,
nous embarquons, saisissons chacun une rame; c'est parti ! Le 1er rouleau est passé, puis
le 2nd. Au bout du cordage, nous sommes assez près des cailloux. Elton, qui avait
prudemment remis sa combinaison de plongée saute à l'eau, et tire l'annexe en nageant
pour nous écarter pendant que nous ramons comme des forcenés. Dès que nous sommes un
peu éloignés, nous larguons le cordage, lui disons rapidement Merci, au revoir, et
continuons à nous éloigner le plus vite possible de la zone" à retournements
", toujours sous la lumière des projecteurs. Peu après, une forte clameur venue de
la plage nous indique que nous avons passé la zone dangereuse. Ils sont aussi contents
que nous, et le font savoir ! Evidemment nous hurlons nous aussi à qui mieux mieux !
Toujours accompagnés par les projecteurs, nous regagnons ARKA ! et confirmons par radio
que tout va bien. Daniel s'inquiète- ne sommes-nous pas trop mouillés ?... non, juste ce
qu'il faut pour être en forme !
Réception n°13 du 4 Novembre 20h : jdb du 30 Octobre au 3 Novembre
Samedi 30/10 A 12H35 : 20°33'5 S - 29°19'4 W vent SE 6/8 nds
Finalement il a bien fallu se résoudre à quitter Trinidad !...
Sans nous hâter nous avons rangé le pont, préparé l'appareillage, et dit au revoir par
radio. Le temps semble revenu au beau, la mer s'est calmée. Sous le ciel bleu Trinidad
est merveilleuse, les couleurs et les reliefs ressortent de façon fantastique. Avec un
petit vent, nous nous éloignons lentement, à regret. Brusquement, le moulinet de la
ligne de pêche que nous traînons se dévide en sifflant. Un dernier cadeau ? Josette
commence à remonter la ligne. Au même moment un espadon de bonne taille saute hors de
l'eau dans le sillage... Vu les bonds qu'il fait, le bestiau d'un bon mètre cinquante est
en pleine forme! Un 4 ou 6 portions d'accord, mais là, non ! Qu'en ferions nous ?
Pourvu qu'il se libère ... Bref, nous laissons la ligne toute molle, et l'animal fini par
se décrocher .tout seul. Ouf ! Trinidad, tu exagères ! Peu après le vent monte, et
comme fâché de notre refus, l'île se cache sous un grain de pluie. Comme Capucine,
Trinidad boude (réservé aux initiés) et nous ne la verrons plus. Le vent monte, et sous
voilure réduite, ARKA ! galope sur la mer formée.
Dimanche 31/10 A 12H : 22°08 S - 31°36'8 W vent S/SE
15/16 nds
Nuit agitée, puis le vent tombe avec le jour. La ligne de
pêche a encore cassée sur une grosse prise, décidément.
Lundi 1/11 A 12H : 23°43'5 S - 34°04 W vent SE 17/20 nds
Nombreux grains cette nuit, dont un assez violent qui a mis
l'Indien en erreur. Certains paramètres de sa mémoire semblent défaillants, et pour le
soulager, nous réduisons un peu plus la toile. ARKA ! trottine au lieu de galoper, mais
sous la conduite du PA, ce qui n'est pas mal ! La mer s'est sensiblement refroidie, et les
quarts en short et tee-shirt ne sont plus de mise. Les cirés ressortent du placard...
Mardi 2/11 A 12H15 : 25°20'5 S - 36°31 W vent SE 19/24 nds
Nuit fraîche et ventée, agrémentée de quelques manoeuvres,
histoire de ne pas trop rouiller. A propos d'histoire, voici en gros celle de
Trinidad. Située par 20°30'S et 29°19'W, approximativement 3 milles de long sur 1 mille
de large, Trinidad est d'origine volcanique, culminant à 600m et découverte
en 1501 par le navigateur portugais João Da Nova. Son nom actuel lui aurait été donné
en 1502 par Estevaõ De Gama. Durant la 1ére moitié du 16ème siècle, on la confond
souvent avec Conception, l'actuelle Ascension, située à 1170milles plus à l'Est. En
Avril 1700, l'astronome Edmond Halley est de passage, lors d'une expédition de recherche
sur le magnétisme terrestre. Cependant, le souvenir qu'il a laissé sur l'île n'a
rien à voir avec ses découvertes scientifiques. Trouvant le paysage paradisiaque, mais
l'atmosphère rude, il imagine que les infortunés navigateurs de passage seraient heureux
d'y trouver un approvisionnement de viande fraîche, et débarque quelques chèvres qu'il
laisse en liberté sur l'île. N'étant pas située sur des routes maritimes, Trinidad est
fort peu visitée. Les chèvres de Halley ayant tout loisir de prospérer, sont devenues
un fléau, détruisant toute la végétation rase de l'île, favorisent ainsi l'érosion
des roches (jusqu'en 1850 l'île était couverte d'arbres). En fait, les visiteurs les
plus réguliers sont les pirates et les trafiquants d'esclaves anglais qui y trouvent
refuge. En mai 1775, James Cook est de passage, puis une garnison anglaise occupe l'île
de 1779 à 1782. En 1783, José de Mello Brayner expulse les pirates anglais, et installe
une colonie portugaise de 150 personnes avant de renoncer en 1795. La constitution
brésilienne de 1823 inclut l'île dans son territoire. Entre 1839 et 1843, l'île reçoit
la visite de Sir Clark Ross, en route pour l'Antarctique - Eh oui, nous ne sommes pas les
1ers ! - et du botaniste anglais Dalton Hooker. Vers 1885, plusieurs expéditions de
chasse au trésor sont menées pour tenter de retrouver, entre autre, le trésor de la
cathédrale de Lima ramené en Europe par les espagnols après l'indépendance du Pérou,
et capturé par des pirates anglais. Nouvelle occupation anglaise en 1895/96,
énergiquement contestée par le Brésil qui affirme sa souveraineté sur l'île en 1897.
La 1ère guerre mondiale conduit à l'occupation de l'île par une garnison brésilienne
et l'installation d'un poste radiotélégraphique. Dans les années 1924/26,
elle reçoit des prisonniers politiques brésiliens. Nouvelle occupation militaire durant
la 2nde guerre mondiale. Le 29 mai 1957, le Posto Océanographico de l'île Trinidad a
été crée et depuis, l'occupation est ininterrompue. Les taches principales sont:
maintenir l'île occupée, accomplir des observations météorologiques,
surveillance des routes de navires et d'avion, protection de l'environnement. La garnison
d'une trentaine d'hommes est relayée par moitié tous les 2 mois, chacun restant au
maximum 4 mois sur l'île.. Parmi les caractéristiques de la faune, on relève une
dizaine d'espèces de crabes terrestres, ainsi qu'une présence importante de tortues de
mer qui viennent pondre sur une plage entre décembre et mars. Les eaux sont
poissonneuses, et certaines espèces se laissent même prendre seau-tement !
Mercredi 3/10 A 12H : 26°53 S - 38°59 W vent E/NE 10/12 nds
Nuit agrémentée de grains de pluie et vents forts. Au matin
changement de décor, le soleil est radieux, le vent tombe et tourne à l'Est, les ris
sont largués, le génois tangonné. Il fait chaud ! Le Rat qui jubile profite de la mer
plus calme pour refaire du yaourt. Il est succulent. Gourmands, soyez attentifs, tata
Josette va vous donner sa recette: Prendre un yaourt frais acheté à l'épicerie
d'Espargos sur l'île de Sal au Cap Vert (sinon ce sera moins bon)et le mettre dans
un saladier. Faire chauffer 1L de lait entre 40 et 50°C pas plus pour ne pas tuer les
bêbêtes... Prendre 1verre de ce lait, le verser sur le yaourt et bien mélanger
puis verser. le reste en continuant à brasser le mélange qui devient mousseux. Répartir
en pots ou laisser dans le saladier. Ensuite mettre un verre d'eau dans la cocotte minute,
fermer le couvercle et chauffer jusqu'à ce que la soupape se mette à tourner. Arrêter
le feu , ouvrir la cocotte, vider l'eau et placer les pots ou le récipient avec le
yaourt dedans. Refermer la cocotte et la soupape et abandonner le tout dans un coin
recouvert d'une couverture (ou autre chose pour garder la température) pendant 4 à
5 heures. Sortir les petites merveilles et les mettre au frais avant dégustation.
Si celà vous plait, ne mangez pas tout, gardez en UN pour recommencer !
Réception n°14 du 8 Novembre 14h : jdb du 4 Novembre au 6 Novembre
Jeudi 04/11 A 12H : 28°21 S - 41°19 W vent NE 12/14 nds
Belle journée de grand soleil dans un ciel bleu. Le vent ayant un peu tourné
en mollissant, nous envoyons le spi. ARKA ! tout content de porter sa belle bulle bleue
nous le fait savoir en allongeant la foulée. Tout va bien ! Dans l'après-midi
l'apparition de certains nuages, la chute du baromètre nous indiquent que le temps va
changer. Avant la nuit, le vent dépasse les 20 nds et le vieux spi descend reposer ses
coutures dans la soute à voiles. Peu après, nous réduisons également la grand voile,
car l'Indien qui n'est pas au sommet de sa forme ne tient plus le bateau.Un message de
notre ange gardien météo confirme les signes des cieux, Eole va s'énerver.
Vendredi 05/11 A 12H : 29°52 S - 43°48 W vent N/NE 25/30 nds
Toute la nuit le vent à joué au yoyo se disputant le terrain avec la pluie.
Au matin, les deux gagnent et s'installent exaequo pour de bon. Pas de jaloux ! En
installant une toile prévue à cet effet à l'arrière de la capote, nous la transformons
en cabane, d'où nous pouvons veiller bien à l'abri de la pluie, tout en étant sur le
pont. Quel confort ! Le vent à tourné au NW... aie ! la dépression va passer dans notre
Sud... la suite va être plus sportive. Le baromètre continue sa descente. 997 mb.
Palier, et juste avant la nuit, rotation au SW avec la remontée. Trois ris dans la grand
voile, un petit bout de toile sur l'avant, et c'est parti pour une nuit pour le moins
mouvementée... 35 à 42 noeuds de vent au près ! Seule consolation : à cette allure la
barre est facile à tenir, et l'Indien assure son rôle sans trop de mal (ce qui n'était
pas le cas au portant, où nous devions réduire la voilure beaucoup plus que
nécessaire).
Samedi 06/11 A 12H : 29°47 S - 46°01W vent SW 18/24 nds
A bord d'ARKA ! la répartition des quarts est stricte. Vu l'entraînement
intensif qu'elle a suivi en service d'urgence biochimie de nuit à l'hopital H. Mondor,
Josette assure les quarts de nuit, et moi le jour. Habituellement le matin, je prend
le quart vers 9H jusqu'à midi ( sauf le dimanche , ou je fais la grasse matinée). Puis
après ma sieste, de 17 à 20H (pas trop tard, parce que j'aime bien lire un peu au lit
avant de dormir) . Eh bien, figurez-vous que cette nuit nous avons changé nos bonnes
habitudes. Incroyable, non ? Toutes les 2H nous nous sommes relayés dans la cabane, en
attendant le jour et l'accalmie. Vers 6H nous renvoyons un peu de toile, et tout va mieux!
Sur la mer d'un bleu profond encore ourlée de blanc, le soleil brille. Nous mettons à
sécher ce qui en a besoin, et profitons nous aussi du beau temps revenu. Au soir, ARKA !
porte toute sa toile et taille sa route au près sous une superbe voûte étoilée : comme
s'il ne s'était rien passé, si ce n'est une houle résiduelle, trace de la nuit passée.
Réception n°15 du 14 Novembre 21h : jdb du 7 Novembre au 10 Novembre
Dimanche 07/11 A 12H : 31°05' S - 47°51' W vent N 13/16 nds
Nuit étoilée superbe, avec juste une prise de ris sur le coup
de 3H du matin, Eole doit vouloir s'assurer qu'il y a bien quelqu'un d'éveillé à bord
!... Dans la matinée 2 thons mordent à notre ligne, et se décrochent. Dans l'après
midi, alors que nous traînons 2 lignes, 2 coryphènes mordent simultanément.. et se
décrochent, l'une après l'autre à quelques mètres de la cuisine ! En fait nous allons
un peu trop vite, et il conviendrait de ralentir le bateau pour les remonter. La prochaine
fois ...
Lundi 08/11 A 12H : 32°50' S - 49°24' W vent W 18/22
nds
Mardi 09/11 A 12H : 33°53' S - 50°05 W vent S 8/24 nds
Patrick, notre ange gardien météo nous avait prévenu : Eole nous promettait 48H de
chevaux de bois, et il avait vu juste. La journée a commencé par beaucoup d'activité.
Qu'on en juge : entre 3H3O et 4H du matin, 7 prises et largage de ris, une dizaine de
manoeuvres de réduction / envoi de génois. Bref, un sale temps à grains, dont le plus
violent flirtera avec les 50 noeuds..., le tout toujours au près, dans une mer hachée.
Pénible, la croisière !
Mercredi 10/11 A 12H : 35°04' S - 52°22 W vent W 7/11 nds
Comme prévu, tout s'est calmé dans la nuit. Après avoir renvoyé
progressivement toute la toile, le vent nous laisse tomber et Mr Perkins prend le relais.
Dans la matinée, nous nous chauffons aux rayons d'un grand soleil, maître d'un ciel tout
bleu. Beaucoup d'oiseaux volent et se posent autour du bateau : des albatros à bec jaune,
des damiers du cap, des puffins. Le leurre de la ligne de pêche semble beaucoup
intéresser les albatros. Ils commencent par essayer de se poser juste à côté,
s'aperçoivent qu'il avance, et se mettent littéralement à courir sur l'eau à sa
poursuite, en lui donnant de grands coups de bec ! Arrive ce que nous redoutions . Le
moulinet se dévide en sifflant, un athlète, sûrement plus rapide que les autres à
réussi : nous remorquons un volatile transformé en cerf volant submersible. ARKA !
semble tout content de son nouveau jouet, et fonce joyeusement en traînant le malheureux
albatros le bec grand ouvert, un coup sous la vague, un coup au dessus ailes déployées,
volant en rase mouton au dessus de la houle ! Pour corser le tout, il subit les attaques
répétées de ses congénères probablements jaloux de le voir garder pour lui tout seul
l'objet de leur convoitise. Nous libérons le plus vite possible ce curieux qui
reste posé sur l'eau, l'air un peu ahuri par cette expérience. Peu après, un 2ème se
fait prendre , mais , plus fort, en emmêlant son aile droite dans le fil de
pêche. Lui, il est remorqué en travers, sous l'eau. Un cerf volant qui ne
vole pas, ce n'est pas drôle, aussi nous stoppons le bateau pour le libérer le plus vite
possible, et remontons la ligne de pêche avant d'en prendre un 3ème.
Réception n°16 du 20 Novembre 10h : jdb du 11 Novembre au 12 Novembre
Jeudi 11/11 A 12H : 36°31' S- 54°'à' W vent N/NW 18/22 nds
Malgré la voilure plus réduite que nécessaire pour soulager
l'Indien, ARKA ! à couvert une bonne distance dans la nuit. Dans la matinée, la mer a
une belle couleur verte, puis vers midi elle tourne à nouveau au bleu profond. L'escale
est proche, le train-train de la vie au large est bien installé, et selon la formule
consacrée, tout va bien à bord. Le Rat fait la sieste, et je fais un brin de toilette.
Alors que je suis à moitié rasé, le téléphone sonne, Papa et Maman viennent aux
nouvelles, et je leur confirme que nous devrions arriver demain en Argentine, tout va pour
le mieux. Nous sommes encore à 150 milles de Mar Del Plata.. Je raccroche, et m'en
retourne à la salle de bains, terminer la joue gauche. Un bruit inhabituel attire mon
attention. Cela ressemble bien à une pompe. En soulevant le plancher de la cabine
avant pour vérifier les capteurs de loch et de sondeur, je trouve une vingtaine de cm
d'eau. Je la goûte, c'est bien de l'eau de mer... fraîche ! Les capteurs sont en place,
tout semble normal. Les pompes fonctionnent, et le niveau semble stable. En cherchant
l'origine , je m'aperçois assez rapidement qu'une soudure du puit de dérive s'est
fissurée à environ 10 cm au dessus de la flottaison sur une douzaine de cm de long et à
peu près 1mm d'ouverture. Je monte aussitôt relever la dérive afin de réduire au
maximum les contraintes sur le puit et prévenir un éventuel allongement de la fissure.
Après avoir ralenti un peu ARKA ! , je redescends assécher les fonds avec un seau.
L'entrée d'eau est minime, pas de problème. Le Rat se réveille et n'a pas les pieds
dans l'eau. OUF ! Maintenant, quelle route ? Nous téléphonons à Patrick qui nous
rassure, pas de "crasse "météo en vue, nous poursuivons donc sur Mar Del
Plata. Coup de fil également au chantier. Il n'y a semble t-il pas de raison pour que
cela aille plus loin. Tant mieux, elle est froide ! Le téléphone sonne : Tony est bien
parti pour nous rejoindre demain... impossible de le prévenir et qu'il retarde son
arrivée. Dans la soirée alors que je dors, le vent qui nous était favorable, tourne...
au Sud, en plein dans le nez. Mr Eole, vous n'êtes pas gentil ! Nous a t-il entendu? Il
poursuit sa rotation au S/SE, c'est déjà mieux ! Entre le Cap Corrientes et Mar Del
Plata, les côtes sont basses et sablonneuses, sans abri. A l'aide d'un canevas de
Mercator, nous contrôlons soigneusement route et dérive toute la nuit.
Vendredi 12/11 A 12H : 37°48'6 S - 57°03'7 W vent SE 12/14 nds
Progressivement le vent a tourné au SE, et nous parvenons
malgré l'absence de la dérive centrale, à faire un cap direct sur Mar Del Plata. Le
temps est calme, et au matin un grand soleil réchauffe l'océan. Un vrai temps
sympathique ! De nombreux petits bateaux de pêche argentins croisent autour de nous. Ils
sont tous de la même couleur orange minium, bien visible. Nous essayons de comprendre ce
qui s'est passé. Le seul fait notable remonte au 2ème coup de vent. Nous naviguions au
près, et lors d'un grain violent (46 à 50 noeuds de vent réel) dans la nuit du 8 au 9
novembre, ARKA !a très fortement cogné dans la mer, ou peut-être quelque chose, nous ne
savons pas. Dans le choc, Josette qui s'apprêtait à monter sur le pont, et se tenait à
deux mains dans la descente, a été projetée contre la cuisine en contre-bas, et s'est
blessée aux côtes (fêlure probable). En ce qui concernait le bateau, rien d'anormal
n'est apparu ensuite. Vu la gîte que nous avions (chandeliers à moitié dans l'eau) il
est certain que si la fissure s'était produite à ce moment là, nous aurions rapidement
embarqué suffisamment d'eau pour que les pompes se mettent en route tout de suite. Or
rien de cela ne s'est passé, et ce n'est que le 10 alors que le beau temps était revenu,
que nous avions constaté que la dérive avait pris un peu de jeu, sans plus (bruit dans
le puit). Combien de temps va-t-il falloir pour réparer ? A 14H, les immeubles de Mar Del
Plata sont en vue. Oui, des immeubles... l'image nous semble vraiment bizarre ! Doucement
ARKA ! s'approche du port. Tony qui est arrivé nous a téléphoné, et nous le retrouvons
sur une digue du port de plaisance quand nous arrivons à 16H30 ; ça c'est gentil ! Peu
après ARKA ! est amarré à un ponton du Yacht Club Argentino, et la chaleur de l'accueil
des argentins nous fait momentanement oublier nos soucis. Après avoir envoyé un message
à Jean-François pour qu'il annule son billet, (il est clair que nous ne serons jamais à
Punta Arénas le 6 décembre) nous allons goûter le boeuf local avec Tony.
Réception n°17 du 26 Novembre 10h : jdb du 13 Novembre au 19 Novembre
Samedi 13/11 et Dimanche 14/11
Mar Del Plata, 900 000 habitants. Le taxi longe le bord de
la mer, avant de s'enfoncer dans la ville. Nous allons dîner près de l'hôtel où Tony a
réservé une chambre, n'étant pas sur de notre arrivée aujourd'hui (on le comprend !).
La ville regorge de monde, de bruit, d'agitation, et après le calme de ces 2 premiers
mois de voyage, le contraste est conséquent. Le 1er steak-comme tous ceux qui suivront-
est un régal .Samedi matin le Yacht Club Argentino (YCA) nous remet les documents à
remplir pour satisfaire aux formalités administratives d'entrée dans le pays : 7
feuillets du même formulaire, sans carbone et d'un format imphotocopiable. 1ère visite
à la Préfectura Maritima. En guise de bienvenue, le fonctionnaire auquel nous nous
adressons nous tend une paire de menottes... puis se met à rire. Drôle d'humour ! Après
un certain temps celui qui semble le chef, nous conduit dans un autre bureau pour régler
la taxe d'immigration. Le fonctionnaire présent en jean, chandail de laine et téléphone
portable à la ceinture, nous indique très gentiment 2 sièges. Quelques questions plus
tard, il tamponne nos passeports, nous donne d'autres papiers à remplir et demande à
celui qui nous a amené d'aller faire une photocopie. Trois quart d'heure se passe, rien.
L'occupant du chandail s'agite, téléphone et nous fait signe de le suivre. Retour au 1er
bureau. Le "chef" est occupé à lire son journal en fumant tranquillement, pas
de photocopie possible aujourd'hui. Le formulaire à photocopier est le reçu pour le
règlement de la taxe. Sans reçu, pas de paiement possible : revenez donc lundi ! Nous
nous dirigeons ensuite vers la douane : fermée. Tant mieux, nous en avons assez pour
aujourd'hui, et sommes pressés de nous mettre en quête d'un chantier pour réparer ARKA
! Le YCA nous en a indiqué un en face de la préfecture, justement, fermé lui aussi...
le gardien nous demande de revenir... lundi ! Décidément, nous allons avoir un lundi
très chargé ! en attendant, visitons la ville.
Mar Del Plata, chic et toc. Les immeubles du bord de mer côtoient des villas plus ou
moins importantes. Un point commun cependant : beaucoup de façades sont recouvertes de
fausses pierres de taille collées, et surtout, bien alignées ! Le plan de la ville est
simple : toutes les rues sont droites, et
se coupent à angle droit. Elles sont larges, les intervalles sont réguliers : 88m
environ, qui correspondent à 1 vara, une ancienne mesure espagnole. Faire le tour du
quartier se dit ici "faire le tour de la pomme". Quelques espaces verts, et dans
l'ensemble beaucoup de place. En dehors du centre ville, il y
a peu d'immeubles d' habitation, mais des quartiers immenses de pavillons de tous styles.
Le port, construit dans les années 20, est établi à quelques km du centre ville.
L'activité de la pêche très importante occupe plusieurs bassins. Les bateaux de pêche
côtière, tous orange minium, sont rassemblés et amarrés à couple, selon leur
spécificité. Le poisson est nettoyé à bord. Beaucoup de pêcheurs vendent directement
leurs produits depuis le bateau ou sur les quais. Au milieu de cette animation colorée,
les lions de mer sortent tranquillement la tête de l'eau, guettant tout ce qui passe par
dessus bord.
Quelques brasses plus loin, sur la digue Sud, une colonie de ces sympathiques mammifères
se chauffe au soleil. (pour épargner ses narines, mieux vaut passer à leur vent) ! Ils
sont gras, et amusants. Les mâles arborent une fourrure qui fait penser à la crinière
du lion, d'ou leur nom. Un peu plus loin contre la même digue, s'entassent de très
nombreuses épaves de bateaux
de pêche en acier. Certaines sont habitées. Dans un autre bassin, moins protégé de la
houle, se trouvent les bateaux de pêche hauturière. Tous sont peints en rouge vif. A
l'opposé, sur la digue Nord, la marine argentine occupe un vaste espace, près
duquel se trouve le petit bassin réservé à la plaisance. L'entrée étroite, est
fermée par une passerelle mobile qu'un préposé ouvre à la demande au passage des
bateaux. Plusieurs clubs se partagent les lieux. Le ponton du Yacht-club Argentino qui
nous accueille, a une allure sympathique. Loin de la rectitude des pontons qui équipent
nos ports, celui-ci est tout de guingois, avec ses grosses planches de bois brut
entre lesquelles on glisse les bouts d'amarrage. Le plan d'eau est particulièrement
calme, et ARKA ! immobile fait l'admiration de beaucoup. (cocorico !! )
Lundi 15/11.
La journée commence par une visite au chantier : le contremaître et le patron vont
venir à bord voir le travail à faire dès cet après-midi. Puis nos obligations : la
Préfetura, 2ème acte. Changement de fonctionnaire dans le bureau de la taxe,
changement de formulaire et de méthode. Celui-ci reproduit le formulaire manquant à
l'aide d'une vieille machine à écrire Rémington et nous remet le dit reçu en échange
de 24,45 pesos. Puis il nous recommande d'aller voir le "Port Doctor" avant de
nous rendre à la Douane. La secrétaire qui nous reçoit au guichet nous pose pas mal de
questions, mais essentiellement sur la France et les parfums français ! Le "Port
Doctor" arrive enfin. Il porte un nom italien, et arbore une abondante chevelure avec
une mèche de cheveux impressionnante, dans le pur style Adamo à ses débuts. (cela
ferait très certainement le bonheur du Barbier de Sal !!!) Disant tout juste
bonjour, et sans rien demander, il appose un vague gribouillis sur son cachet et nous
voilà prêt pour affronter la douane. Là, on semble mieux organisé : il ne faut pas
plus de 5mn pour s'apercevoir que le bon formulaire manque, et l'on nous prie... de
revenir demain... Comme convenu, le contremaître et le patron du chantier viennent à
bord. Les travaux ne semblent pas leur poser de problème. Ils demandent toute fois
un plan des renforts à faire préconisés par le chantier, avant d'établir un
devis.
Mardi 16/11
Muni d'un fax mentionnant les nuances d'aluminium et de fil de
soudure à utiliser, ainsi que d'un plan, je me rends au chantier. Le patron n'est pas là
et le contremaître me demande de revenir dans l'après-midi. 2ème visite à la Douane :
le bon formulaire est arrivé. Je repars un quart d'heure plus tard... et devrais revenir
demain chercher les papiers dûment signés par la Haute Autorité. Dans l'après-midi,
discussion avec le patron du chantier qui fait une proposition. Il doit établir un devis
par écrit pour demain matin.
Mercredi 17, jeudi 18/11, toujours pas de devis. Vendredi 19 au
matin, le voilà.
Nous nous mettons d'accord, et les travaux doivent commencer
lundi. On nous demande de venir sans faute au chantier à 8H pour se mettre d'accord sur
l'heure de sortie de l'eau du bateau. En attendant, Tony décide de louer une voiture ce
qui nous permettra de visiter le pays alentour.
Réception n°18 du 1 Décembre 23h30 : jdb du 20 Novembre au 25 Novembre
Samedi 20 / Dimanche 21 novembre 99
Bien lesté par un bon petit déjeuner
(Tony qui se lève tôt ramène systématiquement des croissants ! ) nous prenons la
route. A la sortie, près de l'aéroport, nous découvrons une enseigne "ben d'cheu
nou": un magasin "croisement" (devinez de qui il s'agit.) Nous poursuivons
en direction de Balacarce. La route, (une simple 2 voies) est à péage. La campagne est
belle, très verte, vallonnée. De nombreux eucalyptus de toutes tailles poussent un peu
partout. Les champs sont ... vastes ! Une pancarte attire notre attention. "A vendre,
champs 30 hectares. Possibilité de ceindre en 2 parcelles". Beau jardin, n'est-ce
pas ? Et pourtant nous n'avons encore rien vu. Plus loin, entre Balacarce et Matongue le
paysage devient plus plat, la sensation d'espace augmente encore. Pour mieux en profiter,
nous avons quitté la route principale goudronnée, et roulons sur une voie secondaire,
simple piste en terre. Beaucoup d'oiseaux nouveaux pour nous. Un renard gris traverse la
piste et s'enfonce dans les herbes hautes. Dans les prairies, littéralement à perte de
vue (seule la clôture qui borde la piste est visible) des vaches, des vaches... noires,
pies ou rouges, encore des vaches ! Et si la nature leur a donné 2 mandibules, c'est pour
que cela serve n'est-ce pas ? Alors pas de temps à perdre, l'herbe est trop bonne ! Les
steacks sur pattes s'activent bigrement à tondre les immenses prairies dans lesquelles
elles vivent librement toute l'année. De l'herbe, rien que de l'herbe et de l'eau: voila
le secret du steack argentin ! Par endroit , ce sont des troupeaux de moutons bien
"laineux". Nous voyons également quelques
nandous (espèce d'autruche du pays). A Quequen nous retrouvons la mer, et face à elle,
une énorme statue érigée récemment en l'honneur des soldats tombés aux Malouines...
Les plaies semblent encore bien vives. Et lorsque un soir un voilier anglais entre
dans la marina, nous verrons les autorités arriver en quelques minutes en courant pour
vérifier les papiers de l'équipage...Quequen est un des principaux ports de chargements
pour l'exportation du blé et du tournesol produits en grande quantité dans l'arrière
pays. Un nombre impressionnant de silos à grain occupent les faubourgs de la ville.
De l'autre côté de la rivière, Necochea est une station balnéaire dénuée
d'intérêt. En rentrant nous nous arrêtons par curiosité au magasin
"croisement" Même organisation, même mensonge. Contrairement à ce qui est
affiché en très gros devant le magasin "les prix les moins chers", les prix
sont très nettement plus élevés que le super marché local Tolédo "le meilleur
pour tous" près du port ! Pour la petite histoire : le Rat cherchait
désespérément du sirop de menthe (introuvable ailleurs). Nous trouvons le même produit
qu'en France. Le prix en francs français imprimé sur le flacon (8F90) est sensiblement
plus élevé que celui de la vente ici : 1 peso (env 6F60). Ceux qui sont tentés par une
bonne affaire peuvent toujours essayer de régler leur sirop de menthe en pesos argentin
dans leur magasin "croisement" favori !Dimanche, nous partons vers le N.
L'absence de relief dans le paysage augmente encore l'impression d'espace. Les champs
cultivés immenses (à faire pâlir les céréaliers d'île de France) et les prairies
peuplées de bêtes à cornes se succèdent. Près d'un bosquet, un gaucho à cheval se
dirige au pas vers l'estancia voisine. Dans les villages, beaucoup d'hommes sont coiffés
d'un béret noir ou rouge, en tout point identiques à ceux portés dans le Sud Ouest de
la France... Il ne leur manque plus qu'une baguette sous le bras pour se croire chez nous,
et ce d'autant plus que dans certains endroits on fait du camembert ! La route à péage
prend le nom de "Camino Del Atlantico". Comme pour les autoroutes en France, les
bords de la route (une simple 2 voies) sont cloturés. En prévision d'un accroissement du
traffic, on a réservé "un peu" de place pour augmenter le nombre de voies.
Nous avons mesuré. La route fait 5m de large en tout. De chaque côté, entre la route et
la clôture, il y a 40m d'herbe bien tondue... soit 80m de réserve ! sur 300km de route
!! Près de Mar Azul, le paysage ressemble à celui des Landes avec des forêts de pins,
des dunes et des kms de plages de sable blanc alignées sur une côte presque
droite. En rentrant, nous voyons une pancarte qui propose à la vente un champs de.. 400
hectares !!! Le soir, nous dînons à bord d'ARKA ! avec Noël Kérébel qui est arrivé
il y a peu du Brésil à bord de son superbe ENEZ. Il vient lui aussi de Lorient, qu'il a
quitté en juin dernier. Son bateau était au port de Kernével, soit à 1500m environ à
vol de mouette, de Locmiquélic où était ARKA ! Là-bas, nous étions séparés par le
Blavet et l'île St Michel. Un océan plus loin, nos bateaux ne sont plus séparés que
par 15m d'eau seulement, mais une frontière hermétique entre les 2 clubs où nous
sommes amarrés(ENEZ au Yacht club de Mar Del Plata , ARKA ! au Yacht club Argentino) nous
oblige à faire le tour complet du bassin pour passer d'un bateau à l'autre! Après une
carrière très réussie dans la plaisance, Noël a cédé son entreprise (NKE pour ceux
qui connaissent) et a pris le large, tranquillement, pour se faire plaisir. Nous
échangeons cartes et informations, en attendant de partager des mouillages qui semblent
magnifiques au Sud de la péninsule Valdez, en pleine nature.
Lundi 22 novembre,
A 8H, comme convenu, nous arrivons au chantier Tarnovsky. Un peu tôt, sûrement, car le
patron n'est pas là, le contre-maître boit son maté et nous demande de revenir vers
14H. Bon. A 14H, nous entendons notre 1er "mañana", qui sera le 1er d'une
longue série.
Mardi 23 novembre,
Vers 16H, nous amarrons ARKA ! à couple du remorqueur "Vengador" juste devant
la cale de halage. Peu après, le plongeur se met à l'eau, 4 hommes du chantier montent
à bord pour positionner ARKA ! sur le chariot qui va servir à le sortir de l'eau.
Lentement, très lentement, la cale en pente douce se rapproche . Le plongeur me fait
signe d'approcher. Il m'explique doucement que c'est le 1er bateau que le chef d'équipe
sort de l'eau, et qu'il prend beaucoup de précautions parceque plusieurs
dirigeants du chantier observent la manoeuvre. Finalement tout se passe bien, et acoup par
acoup les patins du chariot glissent sur les grosses poutres en bois. ARKA ! se retrouve
finalement au sec, et bien calé sur une énorme luge proportionnée pour un gros
chalutier. Mercredi 23,
aujourd'hui ENEZ largue les amarres pour la péninsule Valdez. Tony part avec lui, et nous
les rejoindrons dès que possible à Puerto Madryn. Noël nous avait proposé à tous de
l'accompagner. En ce qui nous concerne, il n'est pas envisageable que les travaux se
fassent en notre absence. Aussi avons nous poussé Tony à profiter de l'offre,
et prendre l'air du large dès maintenant. Bon vent les copains !
Au chantier, le menuisier arrive pour démonter les aménagements autour du puit de
dérive. Jeune, il ne semble pas très à l'aise. Il ne sait pas trop comment s'y prendre,
et au moment "d'attaquer" à la scie sauteuse les beaux panneaux d'orme, il me
demande avec insistance à plusieurs reprises si je ne veux pas le faire moi-même...
Commençant à douter de ses compétences, je prends la scie et me resoud à faire
les découpes sans plus attendre. Pas facile de tailler ouvertement dans ce que l'on a
fait avec soin... Peu après il se détend, et tout va mieux. Quelques heures plus tard,
mauvaise surprise, la soudure est fissurée sur 42cm de longueur...
Jeudi 24/11
Rien de nouveau. Le chantier qui n'a pas de poste pour souder l'aluminium (au
contraire de ce qu'il nous avait dit), doit recevoir ce matin le matériel
nécessaire. Finalement le poste arrive vers 16H avec la bobine de soudure de la nuance
demandée expressément. Tout est remis à mañana.
Vendredi 25/11
Un gros bateau de pêche au calamar
doit être remis à l'eau à la marée haute de 9H. Les travaux sur ARKA ! sont
remis... à plus tard ! Nous en profitons donc pour regarder nous aussi le spectacle. Les
préparatifs ont commencé dès 7H30. L'équipage du bateau semble venir tout droit d'un
navire pirate. La plupart ont de magnifiques têtes de bandit... vêtus de vêtements en
lambeaux, ils s'activent à passer différentes amarres. Ceux dont l'origine est marquée,
portent sur leurs longs cheveux, un foulard bien serré derrière la tête, leur couvrant
le front, et passant juste au-dessus des oreilles, où pendent des anneaux d'argent.
D'autres, avec leur barbe coute et en pointe, ont des airs d'hidalgo en guenilles. Sur,
Louis Adhémar Thymotée Le Golif, dit Borgnefesse doit se réjouir en voyant cet
équipage hétéroclite ! Une longue élingue en acier a été fixée sur le charriot qui
porte le bateau. Au bout de celle-ci, un très gros cordage est passé sur le remorqueur
Vengador qui s'est mis en place, juste devant la cale pour tirer le tout. L'échelle qui
permettait de monter sur le bateau est retirée, tout est prêt. L'inspecteur de la
navigation arrive et, des papiers à la main fait le tour du bateau avec un des membre de
l'équipage. Il remonte vers le bureau du chantier. Nous attendons un moment. Rien. Puis
l'échelle est réinstallée, le Vengador largue l'amarre : mise à l'eau refusée par
l'inspecteur ! On nous explique qu'il y a un gros jeu sur l'arbre d'hélice dont la
réparation refusée par l'armateur, a
motivée la décision de l'inspecteur, celà semble grave. Deux heures après, changement
d'attitude, on nous dit que l'inspecteur est un peu fou,et que demain le bateau ira à
l'eau !!!